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En quête d'un nouvel espace : Romain Rolland et l'Inde          [1/7]
Chinmoy Guha , Calcutta               

    Alors que, dans ce nouveau siècle, les plâtres tombent en poussière et les poutres s'effondrent tout autour de nous, c'est avec mélancolie qu'on se rappelle un dialogue presque oublié entre Romain Rolland et quelques enfants de la Renaissance indienne, qui voulaient construire un pont entre nos deux continents. Chose assez intrigante pour ma génération qui ne construit plus de ponts mais qui, avec une négligence insouciante, crée des îles.
  C'était une rencontre fascinante qui dépassait les frontières, une conversation intime au coin du feu, un véritable échange non seulement entre deux courants de pensée mais aussi entre deux discours historiques et culturels. C'était aussi l'histoire d'un espace commun partagé, un espace émotionnel, une plate-forme, choses qui semblent nous échapper davantage chaque jour.
   Profondément ébranlé par la Première Guerre mondiale, Rolland s’est instinctivement tourné vers l’espace indien pour y trouver nourriture et lumière. Tout comme ses deux idoles, Beethoven et Goethe, il s’était toujours intéressé à l’Inde, à « la ruche de son esprit antique, [à] sa divine polyphonie ». Pendant ses années normaliennes, il avait lu la traduction de Eugène Burnouf de « la Gîta – un volcan », dont il avait griffonné des passages sur une page du manuscrit de sa pièce Danton. Déjà, en 1908, il écrivait à Cosette Padoux : « Dites a la terre, à la mer, et à l'air : Romain Rolland vous salue. Peut-être irai-je là-bas un jour, dans cette vie ou dans une autre. » Mais ce n'est qu’après le désastre de la Première Guerre mondiale qu'il s'est réellement tourné vers « l'Inde – Notre Mère » (lettre à Kalidas Nag, 12 novembre 1922). La première référence faite à l'Inde dans le journal de Rolland date de 1915 ; c'est une citation d'un article sur « une Politique mondiale pour l'Inde », écrit par Dr Ananda F.Coomareswamy et paru le 24 décembre 1914 dans l'édition de The New Age consacrée à Rolland. Ils ont échangé quelques lettres, et, le 12 février, Coomareswamy lui a envoyé un exemplaire de la Bhagwadgita ainsi qu'un livre intitulé Arts et artisanats de l'Inde et de Ceylan. La réponse de Rolland était exaltée : « Cet univers est trop riche, trop plein ! Ma poitrine éclate. Elle est trop petite pour le contenir. » Il avait peur de mourir avant d'avoir exploré ces horizons supérieurs. Dans un moment où « l'Europe tombait comme une pierre », il pensait avoir trouvé la clef du jardin de l'Inde. « Je crois à cette incarnation, je me suis trompé de maison. »   
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