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La Mousson , par Louis Bromfield,
ou l'Inde au miroir des Etats-Unis                               
Françoise Genevray , Université Jean Moulin, Lyon III

 Prélude : l'auteur oublié
     Critique d'art et journaliste musical, auteur de nouvelles, de romans et de scénarios, Louis Bromfield (1896-1956) obtint le prix Pulitzer en 1926 pour Early automn. Son livre le plus célèbre demeure The Rains Came (1937), traduit en 1939 sous le titre La Mousson et devenu une sorte de classique pour adolescents. Irène Nemirovski dit s'être inspirée de cette fresque indienne pour concevoir Tempête, récit de l'exode de juin 1940, devenu Suite française[i]. Pourtant l'ancien best seller de Bromfield n'est plus guère accessible aujourd'hui dans notre langue[ii] . La critique universitaire néglige cet écrivain passé de mode, dont les romans ont pour principal défaut d'être écrits d'une plume trop explicite, oubliant de ménager les zones d'ombre propices à l'imagination du lecteur. La bibliographie bromfieldienne reste donc très mince aux États-Unis comme en France : Bromfield mérite l'appellation d' « auteur oublié » choisie pour sous-titre par Ivan Scott quand il publie sa thèse en 1998. Scott a exploré les archives du romancier et documente un peu la genèse de La Mousson, mais sans analyser le livre, pas plus que les deux autres romans indiens de Bromfield, Bitter Lotus et Night in Bombay[iii]. Son travail est centré sur la biographie, tandis que les études plus littéraires remontent aux années cinquante et soixante[iv].
     Plus curieusement, The Rains Came est ignoré des rares ouvrages traitant des relations culturelles entre l'Inde et les États-Unis. Harold R. Isaacs ne nomme pas même Bromfield, bien qu'il signale les deux adaptations filmées du roman, The Rains Came (1939) et The Rains of Ranchipur (1955)[v]. Ramesh K. Gupta, omettant l'auteur dans son index bien qu'il consacre une ligne à Night in Bombay, ne mentionne The Rains Came qu'au titre du film réalisé en 1939 par D. Zanuck pour la 20th Century Fox, sans dire que le scénario fut tiré d'un roman[vi]. S'agit-il d’un oubli, surprenant vu la notoriété de Bromfield et de La Mousson en particulier, ou d’une omission délibérée dont la raison échappe ? On se propose ici de revisiter le livre pour voir quelle image de l'Inde se construit par le regard de l'auteur et de ses délégués fictionnels.
            
I . Genèse de La Mousson
                Bromfield prétendit être allé quatre fois en Inde, y séjournant un an au total. Ses passeports n'indiquent pourtant que deux entrées dans ce pays, le 9 janvier 1933 et le 16 janvier 1936. Des deux voyages, qui durèrent en tout dix semaines, le premier (janvier-mars 1933) est le plus décisif pour l'écriture du roman. L'écrivain, son épouse Mary et son ami George Hawkins embarquent à Gênes sur le Victoria et débarquent à Bombay. On ignore ensuite leur itinéraire, bien que Mary eût écrit onze ans plus tard un récit (memoir) du séjour qu'ils firent à Baroda, à l'invitation des souverains de cette principauté, rencontrés en 1931 par le couple lors d’un séjour alpestre à Gstaad. Le récit de Mary témoigne de leur admiration pour ce rajah, assez différent d'autres Indiens européanisés qui prodiguent leur fortune dans les palaces italiens et suisses. Mary le trouve à la fois grand et simple. Petit paysan illettré du Deccan à l'origine, le maître de Baroda a mené une politique éclairée, transformant au mieux son État  en matière de santé, d'hygiène, d'agriculture, d'administration, d'éducation, d'innovations scientifiques et de réforme des mœurs courantes[vii]. À bord du Victoria voyagent nombre d'hommes politiques indiens qui reviennent de la dernière Round Table Conference tenue à Londres pour préparer l'avenir de leur pays. Bromfield est impressionné par leur détermination à l’indépendance et par l’ardeur qu'ils mettent à en parler. Une lettre à E. Wharton dit qu'ils « l'inondent » d'invitations qui ont sans doute orienté son itinéraire[viii].
    Les premières impressions reçues après le débarquement se retrouveront dans Night in Bombay[ix]: les odeurs, la foule, le mouvement, la laideur de l’hôtel Taj Mahal, semblable à une prison ou à un asile, avec ses couloirs où gisent les porteurs couchés devant les portes en attendant l'ordre des clients. Le trajet ferroviaire vers Baroda se solde dans le souvenir de Mary par neuf heures d'un cauchemar torride et poussiéreux. Le couple passe dix jours à Baroda « in feudal splendor »[x] : visite de l'immense palais (avec un couloir bordé d’armoires vitrées où sont exposés les bijoux de la Rani), de la ville (on y voit un grand réservoir décrit plus tard dans La Mousson) et des réalisations progressistes du rajah. Celles-ci comptent notamment l’école de musique (édifice horrible, mais où les cours sont gratuits) et un centre d’agriculture expérimental où travaille avec un infini dévouement l'Américain Elmer Sanders (prototype de Homer Merril, dit Buck, dans Les Nuits de Bombay). Baroda compte deux familles de missionnaires qui ne s’entendent pas (les futurs Simon et Smiley de La Mousson). Bromfield passe ensuite dix jours « unbelievably romantic » dans l’État de Cooch-Behar. Sa lettre de février à E. Wharton donne une idée de ses distractions sous le signe de la beauté et de l'extravagance : chasse au léopard à dos d'éléphant, dîner dans un décor somptueux au rythme d'un orchestre de jazz. « None of it makes much sense but all of it is thoroughly delightful and fantastic ». Mais Bromfield ajoute ceci, qui aura plus d'impact sur La Mousson que la saveur exotique sensible au voyageur : « That is one side of the picture. The other side is political and equally exciting. We've been seeing a great deal of various leaders and I have become practically affiliated with the Young Muslims. I never knew before what delightful people Mohammadans can be »[xi]. Le reste du voyage (Calcutta, Benarès, Agra, Mysore) semble n'avoir laissé que peu de traces écrites[xii].
      The Rains Came est esquissé en 1933, repris en 1935 et publié en 1937. L'écrivain ébauche dès son voyage un roman susceptible d'offrir le pendant étranger des thèmes américains qu'il venait de développer dans La Ferme (1933). La rupture d'un barrage, point central du récit dans sa version définitive, symboliserait le mal fait par l’Occident à d’innocentes victimes indiennes[xiii]. Cette première ébauche attendra deux ans durant lesquels l'auteur écrit pour le théâtre et adapte des pièces françaises (Edouard Bourdet, Louis Verneuil). Bromfield qui s'était installé en France a décidé de revenir aux États-Unis et d’y acheter une ferme. Regagnant son pays à l'automne 1933, il mène à New York une existence mondaine ponctuée d'articles et de conférences. Mais ses pièces sont des échecs et le déclin du romancier lui est signifié sans ménagement par la critique[xiv]. Ayant besoin d’argent, il signe en 1935 un contrat de trois ans pour publier des short stories dans le magazine Cosmopolitan. Travail alimentaire, qu'il mènera en parallèle avec la rédaction du roman indien qu'il veut d'une étoffe plus exigeante et « monumental »[xv]. Mais les critiques formulées par les premiers lecteurs du manuscrit sont instructives quant aux normes à respecter pour ne pas heurter le lecteur moyen : « all the whites, male and female, are looking for love among the natives – which will not be acceptable to the average unthinking American with his color prejudice and his morality. Nor would the average reader accept or pardon Bromfield's finally developped thesis that India and its culture are infinitely superior to western peoples and culture ». Lorsqu'il envoie un autre manuscrit, Bitter Lotus, qui utilise des matériaux réunis pour La Mousson, son éditeur estime qu'il ne répond pas davantage aux normes d'un feuilleton conçu pour le grand public. Et de préciser : « Louis, all this is said from serial point of view only – you  understand »[xvi].
     De janvier à mars 1936, Bromfield fait un second voyage en Inde. Il s'agit plutôt cette fois d'une croisière en Asie du Sud-Est avec pour escales Malte, Port-Saïd, Aden, Bombay, Cochin, Colombo, Penang, Singapour, Macassar, Semarang, Batavia, Bali, Madras, Mysore, Bangalore, Sering Patam, Karapur. L'écrivain poursuit La Mousson, décidé à passer outre les critiques reproduites plus haut et à prendre son temps pour soigner ce livre, car il compte sur lui pour sauver sa réputation déclinante. La rédaction s'achève fin juillet 1937 et le roman paraît en novembre. La critique britannique le boude, pour des motifs politiques et aussi parce qu'il ne vaut pas le brillant et troublant A Passage to India d'E.M. Forster (1924). Aux États-Unis, on voit dans ce roman un des meilleurs de Bromfield, tout en jugeant celui-ci « old style », « a man of yesterday ». Ce qui n'empêchera pas le best-seller d'être traduit en plus de vingt langues. Notons le sous-titre programmatique, A novel of Modern India, calqué par la traduction française (« roman sur les Indes modernes »).
     L'atmosphère dans laquelle écrivit Bromfield n'est pas indifférente au tour que prend dans ce roman la confrontation entre l'Inde et le monde occidental. L'auteur suit de près l'actualité mondiale et s'inquiète de la montée des périls en Europe au cours des années trente : installation de régimes fascistes, remilitarisation du Rhin (1936), recul des démocraties face aux visées totalitaires. Il réprouve la politique d’appeasement menée par Chamberlain face à Hitler. Lui qui avait loué la culture britannique durant les années vingt commence à attaquer durement l'Angleterre. Après avoir partagé le dédain de la vieille Albion pour la vulgarité des États-Unis (pays conduit par une lower middle class ignorante, fruste et matérialiste), il révise son jugement au vu des dernières évolutions. C'est parce qu'il sent venir la guerre qu'il repart en 1933 aux États-Unis chercher un endroit où vivre en autosuffisance et à l’abri des armes. Ce mixte de rêve et de peurs préside à l'achat dans son Ohio natal de fermes et de terres (640 acres), vaste propriété qu'il baptise Malabar Farm. Plusieurs explications ont été avancées quant au choix du nom. L'une, peu crédible, allègue l’effet produit par Malabar Hill à Bombay. Une autre y voit un hommage à la côte sud-indienne de Malabar, paysage intact, le plus beau du monde aux yeux de l'écrivain après Pleasant Valley (Ohio). Une autre enfin, plus terre-à-terre et aussi plausible, provient de Bromfield lui-même déclarant « India made the farm possible » : La Mousson et la vente des droits pour le film qui en fut aussitôt tiré lui ont rapporté de quoi acheter sa propriété.
      
II . L'Inde colonisée    
     Les romans indiens de Bromfield reposent sur les observations tirées de ses deux voyages et sur sa conception d'un Occident moralement déchu. Tandis qu'éclate son admiration pour les Indiens et sa confiance quant au développement futur du pays, La Mousson se ressent de son aversion croissante pour la Grande-Bretagne. Cette disposition est propre à l'auteur, qui voit en elle la nation mercantile par excellence. Elle est aussi générale et structurelle, car l'anglophobie constitue dès l'origine un trait de la relation des États-Unis à l'Angleterre. Conjoncturelle enfin, vu les circonstances géopolitiques déjà indiquées et l'intérêt croissant de l'opinion pour la question de l'indépendance indienne[xvii].
    La Mousson lance contre la puissance coloniale une charge féroce. Portraits et commentaires d'auteur fournissent à ce sujet une matière abondante. Les principaux griefs adressés aux Britanniques sont d'abord la dégradation morale (cupidité, indifférence), qui va de pair avec l'exploitation économique à laquelle ils se livrent. Les deux aspects se rejoignent chez Lord Esqueth, affairiste anobli par la Couronne, venu en Inde conclure un marché important. Esqueth porte en lui toute la puissance mortifère de la finance, de l'industrie et du commerce prédateurs (46-47)[xviii]. Le pouvoir colonial a pour visage non pas celui des militaires (armée, police, renseignement), relégués par Bromfield dans un arrière-plan à peine visible, mais celui de marchands avides et sans conscience (298). Quant aux Américains, représentés par des missionnaires, l'auteur les maltraite moins que les Britanniques infectés d'esprit « boutiquier », mais la décadence morale frappe aussi bien les États-Unis que l'Europe. La caractérisation des personnages reflète le procès intenté par l'auteur au mercantilisme, coupable d'atrophier tout autre ressort, moral ou spirituel. Bromfield aligne les désabusés malheureux (Ransome), les cyniques (Edwina), les rapaces (Esqueth), les oisifs rongés par l'ennui (Mrs Hogget-Egburry), les aigris (Miss Dirks). Il y a des bonnes volontés, mais étroites, captives de ces « petits mondes privés à jamais de chaleur et de couleur » dont « l'Occident était plein » (91). À quelques exceptions près (l'infirmière écossaise Miss Mac Daid, la famille Smiley venue de l'Iowa), La Mousson dépeint les Occidentaux futiles ou frustrés, fermés, voire hostiles à l'Inde. Quand le Maharadjah se remémore l'excellent précepteur anglais, le bon, intelligent et vertueux John Lawrence qui gouverna sa jeunesse, il lui semble « qu'il n'y avait plus d'homme comme lui parmi ceux qui venaient d'Occident. Maintenant, ils ressemblaient tous à Esqueth, dépourvus de scrupules, cupides, mauvais, ou à Ransome, pervertis, stériles, fatigués » (144-145).
     La présence britannique aux Indes n'a pas l'ombre d'une raison d'être. Le bon rajah chez Bromfield n’est pas celui qui collabore avec les Anglais, selon le cliché américain relevé par R. Gupta[xix], plutôt celui auquel ils donnent carte blanche et qui s'en sert pour le bien de son peuple. L'écrivain n’accuse pas nommément le colonialisme comme tel, mais le considère historiquement condamné et d'ailleurs presque enterré en Inde. Le Dewan musulman (premier ministre du rajah) compte éliminer l'occupant étranger à force de patiente usure : « Par la ruse et par la flatterie, on pouvait venir à bout des Anglais [...] Pendant plus de soixante ans, il avait travaillé, selon la vieille méthode hindoue, à mener les Britanniques doucement, pas à pas, vers leur propre ruine, tout en sauvegardant le patrimoine essentiel des Indes » (538). Et de fait le souverain de Ranchipur dirige son État comme il l'entend. Cette autonomie permet aux Indiens de prouver qu'ils peuvent se gouverner seuls et fort bien, car Ranchipur est une principauté modèle, à l'avant-garde du progrès en termes de développement humain. Bromfield s'appuie sur l'Inde des princes (rajahs hindous, nawab musulmans), riche d'exemples positifs, pour combattre l'idée reçue d'un pays tout entier sous-développé, uniformément misérable et arriéré[xx].
     Quand l'écrivain évoque le départ des Anglais, c'est pour le repousser dans un avenir indéterminé : « un jour, avec tout le bien et tout le mal qui sont en elles, les Indes se retourneront dans leur sommeil et leur donneront un puissant coup, et les Anglais seront rejetés... » (253). L'indépendance semble pourtant devoir advenir par des voies qui n'empruntent ni à la force, ni à la diplomatie. La Mousson fait à peine allusion aux nationalistes et Gandhi n'est nommé qu'une fois. Fait surprenant, mais la surprise relève en partie d'une illusion rétrospective, car la renommée mondiale de Gandhi comme libérateur de l'Inde ne s'est pas encore établie à l'époque. De plus son audience et sa popularité locales traversent alors des fluctuations, liées aux succès variables de ses campagnes[xxi]. Il faut aussi tenir compte de la manière dont l'étranger relaie ses initiatives et ses mots d'ordre : les informations sur l'Inde publiées par la presse nord-américaine proviennent pour la plupart de sources britanniques. Pour l'opinion anglo-saxonne, Gandhi est surtout « the odd, the strange, the incomprehensible Indian, with his dietary peculiarities, his fasts, his mystic hold on the masses, his religiosity, his sainthood »[xxii]. Bromfield le rationaliste se défie peut-être de ces dispositions. Quelle est donc l'issue prévisible ? Le roman expose un choix entre deux modes d'action ayant chacun leurs inconvénients. Il y a d'une part la voie radicale et rapide désirée par le colonel Moti. Ce médecin sikh, soupçonné d’être communiste (533), veut détruire le vieux monde pour faire place nette. Il profite du désastre causé par la rupture du barrage pour mettre le feu aux ruines de Ranchipur, prévoyant de reconstruire à l’américaine (529). Son action est jugée salutaire, mais taxée de « fanatisme » (528). Il y a d'autre part la voie graduelle et lente prônée par le Dewan, qui craint de détruire l’âme indienne en faisant table rase ou en recourant à la force (538). Bromfield ne tranche pas entre ces deux options, mais l'indécision perceptible sur les modalités de la lutte anti-coloniale va de pair avec l'espoir d'une issue inéluctable. Dans l'affrontement entre land et business (leitmotiv de Bromfield à l'époque), le business discrédite et mine la puissance politique anglaise (120). L'auteur mise-t-il sur ce retournement pour résoudre à long ou moyen terme la question de l'indépendance ? Finalement, le silence gardé sur ce point dans La Mousson concerne moins le principe que les acteurs, la représentation des indépendantistes faisant défaut (aucun portrait de militant).
      Ce silence s'accompagne d'une déshistoricisation générale du contexte politique. Les réformes du Raj depuis 1919 ont créé l'embryon d'un régime parlementaire : il s'agit d'associer les Indiens, de manière certes très graduelle, à l'exercice du pouvoir. L'India Act de 1935, s'il n'accorde pas le statut de dominion indépendant réclamé par le parti du Congrès, vient de marquer un autre jalon vers la démocratie électorale. Or Bromfield ne dit rien de ces avancées constitutionnelles, ni des mouvements populaires qui convergent avec ces dernières, ni des tractations politiques en cours. Concentré sur le microcosme autonome de Ranchipur, il néglige les points susceptibles de contrarier son scénario d'une libération de fait sinon de droit, officieuse sinon officielle, dont la principauté fournit le prototype. À Ranchipur s'exerce en effet un pouvoir sage, éclairé, autosuffisant. Mais quelle force d'entraînement aurait-il pour s'étendre au reste de l'Inde ? Le roman ne prend pas en compte les rapports de force (politiques, sociaux, économiques) établis à l'époque entre les composantes du pays. Rien n'apparaît dans La Mousson de l'élite indienne qui a pris corps depuis 1880 environ. Tout en subventionnant le Congrès, cette élite tournée vers les affaires ne subordonne pas à tout prix l'essor économique à l'indépendance nationale. Inversement, le mouvement de libération n’est pas ipso facto anticapitaliste[xxiii], or la charge du romancier vise surtout le capitalisme.
 
III . L'Inde revisitée
     De manière plus générale, l’Inde naturelle occulte dans La Mousson l’Inde historique, survolée ou balayée par de grandes généralités : « les Indes n'ont jamais été conquises, même par les Anglais » qui seront un jour chassés « comme Asoka, comme Alexandre, comme les Mongols, les Tartares et les Chinois » (253). De l'Inde historique l'écrivain considère plutôt la face réputée intemporelle, immémoriale : « Miss Mac Daid, une fois de plus, était frappée par la sauvage et animale beauté des Intouchables. Ils appartenaient à une caste différente : leurs origines se perdaient dans la nuit des temps » (27). L'Inde possède une haute, antique et profonde civilisation, très loin de la barbarie dont les témoins mal informés ont cru pouvoir faire état. Dès lors, ce ne sont pas des races ou des cultures qui se confrontent dans la rencontre avec l'expatrié occidental  (agent du gouvernement britannique ou missionnaire américain), ce sont des types d’humanité et des choix éthiques individuels.
     Ransome, né d'un père anglais et d'une mère nord-américaine, incarne l'Occident unifié par les mêmes valeurs et par les mêmes tares de part et d'autre de l'Atlantique. Il a honte d'appartenir à ce qu'on nomme « le monde civilisé » (99). La Mousson tend à montrer que les valeurs humanistes et la haute civilisation transcendent le partage entre les cultures. Là où le roman anglo-indien (R. Kipling, Annie Steel, Alice Perrin) légitimait la domination des Blancs, plus instruits, plus énergiques, et séparait les communautés, La Mousson les fait travailler ensemble sur un pied d'égalité. De plus, l'action implique constamment un double enjeu : la catastrophe de Ranchipur s'enracine dans « la tragédie de la cupidité européenne » (301)[xxiv] ; à travers la rédemption individuelle d'Edwina, c'est aussi le devenir indien qui se joue dans la fable romanesque.
    La confiance manifestée aux Indiens revient d'abord à prendre le contrepied des préjugés courants. Le mépris des Hindous s'est répandu bien avant Kipling dans les témoignages rapportés aux États-Unis par des voyageurs, des journalistes, des officiels, des missionnaires[xxv]. Bromfield substitue au mépris racial l'explication culturelle. Sans réfuter entièrement l'idée reçue de l'inertie et de la résignation des Indiens, il les attribue aux conditions de vie dictées par un milieu difficile dont l'influence se serait transportée dans la mentalité religieuse. Ici, aux Indes, explique le major Safti, « la nature est un monstre qui n'a jamais pu être apprivoisé » ; « les dieux ne sont que des ombres », et ce que l'on redoute en priant Kali ce sont « la sécheresse, la mousson, les tremblements de terre, la lèpre, la peste, le typhus, le soleil torride, le ciel stérile » (252). Les Indiens « positifs » de La Mousson se sont d'ailleurs émancipés de l'hindouisme. En regard du fatalisme auxquels inclinent les Hindous de caste et surtout les dévots orthodoxes, Bromfield souligne l'énergie des Musulmans et la résistance physique des Intouchables. Dispensés des interdits religieux, ces derniers mangent de la viande et cela se voit « à la flamme de leur regard » (27) : l'apathie des uns, la vigueur des autres ne tiennent pas à une différence de race, mais à celle des modes de vie. Médecin épidémiologiste, le colonel Moti préconise des travaux de drainage pour éradiquer la malaria, « le pire de tous les ennemis […] parce qu’elle sapait sans répit la vitalité d’un immense empire » (529). Plus généralement, « cette étonnante vitalité de l’Orient » (147) contredit le cliché de l’indolence asiatique et de la résignation indienne au malheur[xxvi]. L’œuvre progressiste (aménager, restaurer, assainir, édifier, instruire) réalisée par le rajah de Ranchipur (22, 37-38, 131) montre la route et préfigure ce dont serait capable l’Inde entière, avec de l'instruction (38) et moins d'entraves religieuses.
     L'hindouisme n'est pas seul en cause dans la critique des religions, et sur ce plan l'écrivain souligne des similitudes entre l'Inde et l'Occident. L'Europe a connu elle aussi les peurs obscurantistes, « quand des armées de sorcières, de démons, d'incubes hantaient les esprits » (251). Les chrétiens continuent d'y souffrir de tabous désastreux, comme ceux que le puritanisme protestant (déni du corps et du plaisir) inflige à Miss Dirks (263)[xxvii]. Le rajah fait du bien à son peuple « en ennemi des religions, parce qu'autrefois un Anglais lui avait enseigné à abandonner la mesquinerie, la superstition inhérentes à toute secte, pour s'élever vers une foi plus haute » (141). La formule pourrait sortir aussi bien du Traité sur la tolérance de Voltaire... Le rajah professe une foi déiste « que l'on ne pouvait trouver dans les idoles » (hindoues), ni dans « d'hypothétiques et invisibles dieux » (chrétien ou musulman), mais, « comme le grand Akbar, dans l'humanité elle-même » (141). Seul l’Islam échappe dans La Mousson au procès des religions constituées, le parallèle avec l'hindouisme et le christianisme tournant à son avantage (66, 105). Bromfield a-t-il eu connaissance d’un courant d’historiographie locale idéalisant le passé musulman des Indes ?[xxviii] ? A-t-il été influencé par les militants de la Ligue musulmane rencontrés lors de son voyage ? Peut-être son point de vue reflète-t-il simplement un préjugé déjà ancien, plus favorable au Musulman indien qu'à l'Hindou. Ce préjugé s'enracine dans l'histoire de la colonisation britannique avant d'être conforté par Kipling, grand pourvoyeur d'imagerie indienne aux États-Unis[xxix]. Le Musulman possède l'énergie, la force et la vaillance qui font défaut aux Hindous : « le Mahométan était un réalisateur, un romantique, un visionnaire ; l'Hindou un passif, un mystique » (64). Bromfield a beau réinterpréter cette « passivité » dans une optique culturelle et non raciale, le terme revient sous sa plume comme un stigmate (116). Toutefois la beauté physique des Indiens rachète cette faiblesse (284) et constitue un motif récurrent dans sa vision de l'Inde (22, 24, 27, 43, 93, 122, 123). Les portraits disent la beauté du brahmane Safti[xxx], de Mrs Jobnekar l'Intouchable (91), de la chanteuse Lakshmi Bai (122), de la Maharani (240). Elle se déploie aussi dans les arts, musique et danse surtout, mis au programme des écoles par les souverains de Ranchipur.
     Réplique délibérée ou non à Mother India, La Mousson réhabilite l’image de l’Inde, très abîmée depuis 1927 par le best-seller de Katherine Mayo[xxxi]. Le sous-titre choisi par Bromfield donne le diapason : ce « roman sur les Indes modernes » fait contrepoids au reportage de K. Mayo, axé sur l'arriération du monde indien. Bromfield glisse au passage que l'Europe n’offre pas toujours mieux : misère et laideur des régions industrielles (36), dégradation par « la convoitise » de l’humanité dite civilisée (98-99), agonie des idéaux.
 
IV . Le réveil indien
     L’Occident en pleine décadence n'a rien de valable à proposer dans l'ordre moral et spirituel. Sur le plan matériel, sa supériorité paraît se borner à quelques méthodes agronomiques dont Buck (Les Nuits de Bombay) fait profiter les villages indiens en aidant les paysans à perfectionner leurs pratiques. Quant aux techniques industrielles, Bromfield les disqualifie comme sources de dégradation pour l'environnement[xxxii] et de misère sociale. Il ne s’agit pas en Inde de civiliser, comme prétendaient faire les colons ou les missionnaires. La tâche du rajah et des Occidentaux coopérant avec lui consiste à revivifier les énergies, amoindries ou étouffées, d’une grande civilisation qui traverse une phase de recul, mais qui va refleurir (28). L’Inde n’a pas besoin d'être civilisée, il lui faut se réveiller (40), se régénérer, recommencer un cycle historique, car Bromfield conçoit le destin des peuples sous forme cyclique[xxxiii]. Le rajah de Ranchipur veut améliorer la vie de ses sujets et aussi « ranimer la foi, la fierté et la valeur des populations assoupies » (37). Le progrès impulsé par ses décisions consiste à revenir avec des méthodes modernes à l’Inde d’antan, capable et fière. Revenir à l’esprit de ses meilleurs souverains, éclairés comme « le grand Akbar » (138, 141, 144), et de ses meilleures traditions - plutôt l’Islam que l’hindouisme, quitte à négocier habilement pour les faire cohabiter (138). L'hindouisme a lui-même dégénéré (131) et il devrait revenir aux sources : là encore perce la vision cyclique fondant l'optimisme de l'auteur.
     Selon David D. Anderson, « the mystic sense in which the land and the past dominate the present is an outstanding characteristic of the book »[xxxiv]. Ce qui s'applique ici à l’Amérique de La Ferme vaut aussi pour l'Inde, dont l’avenir est garanti par son brillant passé et par l'universalité des valeurs humanistes, qui ne sont pas l'apanage exclusif de l’Occident. Ce dernier d'ailleurs les trahit : ne voit-on pas en Europe et en Amérique ce qui en Inde offusque les Occidentaux, castes sociales (en Angleterre, 158), misère noire et environnement ravagé (tableau navrant des Midlands, 36, 99), carcans religieux (sectes protestantes) ? Sans doute est-ce un Anglais, John Lawrence, qui inculqua ses convictions humanistes au futur rajah quand il n'était encore qu'un petit Marathe inculte et farouche. Mais Bromfield considère que l'humanisme fait partie de l’histoire indienne (le règne d’Akbar) et le montre bien vivant au XXe siècle chez des Indiens éclairés comme le major Safti, brahmane non pratiquant (136), ou le musulman Rashid Ali Khan (65-67).
     Ranchipur se présente comme une enclave isolée vivant en vase clos. La souveraineté du rajah s'exerce sur un territoire limité, mais doté par lui de conditions idéalement favorables au bien-être de ses habitants. Autosuffisance qu'un État pan-indien détruirait en voulant l'intégrer, et dont un changement d'échelle l'empêcherait de suivre le modèle ? Mais Bromfield n'envisage pas ces prolongements, il lui suffit d'affirmer l'existence du riche potentiel d'un peuple apte à prendre son sort en main. Bien qu'elle se profile en arrière-plan, l'immensité du sous-continent ne décourage pas l'utopie qui fonctionne ici, selon son mode usuel, à l'échelle de petits groupes humains. L'impasse sur les problèmes économiques est complète, hormis la mention cursive de fabriques (141) construites grâce à la fortune du rajah, et son désir d'encourager la production locale pour lutter contre les importations anglaises[xxxv]. La Mousson n'évoque pas la mise en valeur des terres ni le commerce, aspects  gommés au profit des questions de santé, d'hygiène, d'éducation et de mœurs. Le royaume vit censément d’une agriculture vivrière, à moins qu’il ne vende ses produits, mais rien ne perce de ses échanges avec l’extérieur. Bromfield énonce même une apologie de la terre universellement salvatrice : « il comprit » [Ransome] que ce n'était qu'en travaillant la terre que la race humaine retrouverait la sérénité et l'espérance » (54). Comme si le travail agricole mettait à l’abri des plaies sociales affectant d'autres activités soumises, elles, au fléau de l’exploitation industrielle et marchande[xxxvi]...
     Que Ranchipur soit une simple chimère ou le prototype de l'Inde future, une utopie romanesque ou une cellule expérimentale, l'écrivain n’est pas dupe des simplifications qu’il opère en dépeignant ce royaume idéal. Ransome évoque « l’infinie complication du problème hindou » (239), la complexité humaine due à « la variété infinie des castes, sous-castes, croyances et superstitions religieuses » (410), la petitesse de Ranchipur au regard de « l’immensité surpeuplée des Indes » (411), la difficulté d’unifier un pays dans lequel se parlent des dizaines de langues (411) : « complication inextricable et sans espoir des problèmes que devaient résoudre ceux qui […] luttaient pour amener ces gens à la lumière » (410). Complication certes, mais non pour autant mystère insondable. La Mousson démolit le mythe de l’énigme indienne, dont Edwina a vainement cherché la clé (250). Elle a lu tour à tour Les Indes révélées, Le Problème de l'Empire, Le Désordre hindou, « mais aucun de ces ouvrages ne semblait expliquer ce qu'elle désirait savoir, c'est-à-dire comment étaient réellement les Hindous » (211). Lorsque Ransome se demande à propos de Safti : « Y a-t-il en lui quelque chose d'hindou qui jamais n'acceptera ni ne comprendra l'Européen en moi ? », il se reprend aussitôt : « Mais non, pareille supposition était une absurdité, un lieu commun digne de Kipling qui ne connaissait des Indes que les garnisons, les clubs et les journaux. East is East… » (569). La pique visant Kipling n'a rien d'anodin quand on sait à quel point l'auteur anglais contribua à façonner l'image de l'Inde aux États-Unis[xxxvii]. L’Inde profondément complexe ne recèle pas pour autant selon Bromfield d’énigme sans fond, ni d’incompatibilité essentielle avec l’Ouest. Plusieurs passages récusent l'idée qu'elle échapperait à notre entendement.
 
Conclusion : l'Amérique et l'Inde en miroir

     Sur le prétendu mystère indien, auquel il ne croit pas, et sur les problèmes réels du pays, dont il offre une vue restreinte, l'écrivain projette son monde intérieur, celui de ses regrets et de ses espoirs. L'œuvre romanesque manifeste cette surimpression dans les deux utopies jumelles dont l'une appartient au passé (La Ferme) et l'autre au futur (La Mousson). La Ferme suit sur quatre générations, de 1815 à la première guerre mondiale, l'histoire d'une famille de pionniers cultivant des terres au centre des États-Unis. Le parallèle entre les deux livres révèle ici et là une même aversion pour le mercantilisme. « Qu'est-ce qu'un grand homme d'affaires », dit Jamie dans La Ferme (356)[xxxviii], « sinon un petit boutiquier multiplié par mille ? ». La formule se retrouve telle quelle dans La Mousson (46) pour portraiturer Lord Esqueth, « un petit boutiquier, habile et rusé, à la millième puissance ». Le Colonel Mac Dougal rêvait « d'un monde pastoral et agricole dirigé par l'homme de la nature », mais l'évolution socio-économique des États-Unis a condamné « cette utopie en formation » (Ferme, 76-77) fondée sur la primauté des intérêts de l'agriculteur : « dans cette partie de l'univers, l'homme simple n'était pas encore ignoré, chaque ferme étant en elle-même un monde aussi complet et autonome qu'il est possible à une aussi minime unité » (Ferme 86). Même réprobation ici et là vis-à-vis des religions révélées : Maria, fille du Colonel, reste fidèle aux idées des Philosophes, son époux Jamie abandonne les dogmes presbytériens et devient déiste (Ferme 78-79, 104). Le rajah de Ranchipur professe lui aussi des convictions philosophiques, et la laïcité qu'il impose dans son État borne toute pratique religieuse à la sphère privée (Mousson 67). L'idéal humain de La Ferme - équilibre, détachement, distinction, tolérance - appartient « plus au XVIIIe siècle qu'au XIXe » (232). Ce dernier a malheureusement promu des intérêts qui éloignent de cet idéal. Le fermier perd son indépendance, doit s'incliner « devant la nouvelle autorité des hommes d'affaires et des industriels » (Ferme 330), et la démocratie fait place à la ploutocratie. Bromfield s'abstient néanmoins de préconiser en Inde la démocratie à l'occidentale. La Mousson se borne à imaginer un État conduit par un autocrate éclairé, entouré d'une équipe compétente et dévouée au bien public. Figuration par synecdoque d'un idéal à l'évidence plus ambitieux, Ranchipur offre le décalque de l'enclave autonome rêvée par le Colonel de La Ferme.
     Au parallèle dressé entre les deux romans s'ajoutent les reférences internes à La Mousson, qui relient les deux mondes à la faveur des biographies individuelles. Installé en Europe, Ransome a voulu se ressourcer dans l'Ohio, là où a vécu sa grand-mère. Il a voulu y retrouver la simplicité des gens, leur sens de l'égalité, leur intégrité, leur droiture. Mais le retour aux sources a déçu son attente : le Centre-Ouest pionnier a disparu, dégradé à son tour après la côte Est par « le culte de l'Amérique pour le succès et la richesse » (103-104). Cependant les qualités perdues chez la  plupart survivent chez tante Phoebé, venue de l'Iowa retrouver en Inde ses neveux Smiley (72). Ces qualités coïncident justement avec celles prêtées aux Indiens positifs du roman, c'est-à-dire aux réformistes de Ranchipur (507). Le pasteur Smiley a également conservé l'intrépidité de ses ancêtres pionniers, qui se réveille durant la catastrophe de Ranchipur dans le corps frêle du missionnaire perché au bord d'un toit en pleine nuit au-dessus des eaux déferlantes: « Je vais aller faire une petite reconnaissance, dit-il alors à sa femme, exactement comme s'il se trouvait dans un blockhaus au milieu d'une solitude infestée de Peaux-Rouges et qu'il préparait une sortie » (283).
   
     L'Inde romanesque de Bromfield reflète ses déceptions quant au passé récent de l'Amérique et son inquiétude quant au présent de l'Europe. Ses romans indiens tournent le dos à la plupart des stéréotypes courants sur le pays (entretenus par le cinéma)
[xxxix] et suivent le droit fil des préoccupations visibles dans ses principales fictions des années trente. La Ferme (1933) montre en effet que les valeurs incarnées par le Colonel Mac Dougal, homme des Lumières rappelant l'arrière-grand-père de l'auteur, n’ont déjà plus cours au XIXe siècle. L'Homme comblé (The Man who had everything, 1935) vérifie que le XXe siècle condamne les tenants d’un tel idéal à la frustration. Tout se passe avec La Mousson comme si l'écrivain reportait sur l’Inde des attentes que l’Occident ignore ou bafoue. Les accusations portées contre ce dernier n'ont fait que s’aggraver depuis La Ferme, puisqu'à la décadence morale et spirituelle l’Occident ajoute maintenant une inquiétante décomposition politique. Une nouvelle guerre mondiale viendra confirmer ces craintes et donner sa couleur sinistre aux Nuits de Bombay (1939-1940).            
                               
            
 

[i] Olivier Philpponnat, Patrick Lienhardt, La vie d'Irène Némirovsky (1903-1942), Paris, Grasset-Denoël, 2007, p. 358.       
[ii] La dernière édition française en poche (Stock, coll. Le Cosmopolite Poche, 2004) est épuisée (2008).
[iii] Ivan Scott, Louis Bromfield, Novelist and Agrarian Reformer : The Forgotten Author, The Edwin Mellen Press, Lewiston (NY), 1998.
[iv] Morrison Brown, Louis Bromfield and his books : an evaluation, Fair Lawn (USA), Essential Books, 1957. David D. Anderson, Louis Bromfield, New York, Twayne Publishers, 1964.
[v] Harold Robert Isaacs, Images of Asia. American Views of China and India, Capricorn Books, New York, 1962 (réédition de Scratches on our Minds, 1958), p. 245.
[vi] Ramesh K. Gupta, The Great Encounter : A Study of Anglo-Indian Literary and Cultural Relations, New Delhi, Abhinav Publications, 1987, p. 177-178.
[vii]  La suppression partielle du purdah émancipe les femmes et leur permet de gagner leur vie au dehors de la maison.
[viii] Daniel Bratton (ed.), Yours Ever Apply. The Correspondance of Edith Wharton and Louis Bromfield, Michigan State University Press, 2000, p. 34.
[ix]  Night in Bombay, prépublication en serial dans Cosmopolitan, septembre 1939-mars 1940, puis en volume, New York, Grosset-Dunlap, 1940. Trad. par Pierre-François Caillé, Les Nuits de Bombay, Paris, Delamain et Boutelleau, 1942.
[x]  Yours Ever Apply..., op. cit., p. 34.
[xi]  Ibid., p. 38.
[xii] La correspondance avec E. Wharton n'a conservé que deux lettres venues d'Inde, l'autre étant datée du 22 février 1936 à Mysore.
[xiii]  Aperçu du roman : tandis que l'on attend les pluies de mousson, un séisme provoque la rupture d'un barrage défectueux. Le cataclysme est terrible : inondation, destructions, typhus et choléra font 9 000 victimes. L'Anglaise Edwina Esqueth, l'une des protagonistes, trouve dans cet événement l'occasion d'une métamorphose intérieure. Le roman, qui dépeint un milieu où se côtoient Indiens et expatriés, met l'accent sur l'œuvre progressiste entreprise par le rajah de Ranchipur.
[xiv] Ses thèmes et ses personnages ne semblent plus correspondre au contexte nouveau créé par la Dépression consécutive au krach boursier de 1929 : « The decade to follow was the antithesis of the twenties : hard times, a contraction not only of the national economy but the evaporation of hope » (Ivan Scott, op. cit., p. 259). F. Scott Fitzgerald essuie le même genre d’échec avec Tender is the Night.
[xv]  Yours Ever Apply..., op. cit., p. 84 (mai 1936).
[xvi]  Cité par I. Scott, op. cit., p. 268. Bitter Lotus parut en feuilleton dans Cosmopolitan (janvier à mars 1937) avant d'être joint au recueil It Takes All Kinds, Harper and Brothers, New York, 1939.
[xvii]  Kenton J. Clymer, Quest for freedom : the United States and India’s Independance, New York, Columbia UP, 1995, p. 3-9.
[xviii]  The Rains Came : a novel of modern India, New York, Harper Brothers Editors, 1937. Les chiffres inclus dans notre texte renvoient à la traduction de Berthe Vulliemain, La Mousson : roman sur les Indes modernes, Paris, Stock, 1939.
[xix]   R.K. Gupta, op. cit., p. 176.
[xx] Barbara N. Ramusack, The Indian Princes and their States, Cambridge University Press (The New Cambridge History of India), 2004.
[xxi] Le mouvement de non-coopération lancé en 1919 par Gandhi avec l'appui d'une forte mobilisation de masse reflue dès 1922. Une autre vague d'agitation, très médiatisée, culmine en 1930 avec la « marche du sel », mais retombe dès 1932 après l'échec de la conférence de Londres.
[xxii]  H. Isaacs, op. cit., p. 294, cf. aussi p. 300.
[xxiii] Marc Ferro, Histoire des colonisations. Des conquêtes aux indépendances (XVII-XXe siècles), Paris, Seuil, 1994, p. 307, p. 343.
[xxiv]  La rupture du barrage a pour cause une malfaçon, imputable à un ingénieur néerlandais plus malhonnête que compétent.
[xxv]  « Kipling's well-known contempt for the Hindu has been shared by a great many Westerners, both English and American, before Kipling's time and since, including a certain number of our present panelists » (H. Isaacs, op. cit., p. 272). Sur les témoignages des missionnaires, cf. Maina Chawla Singh, Gender, Religion and « Heathen Lands » : American Missionary Women in South Asia, 1860's-1940's, New York-London, Garland Publishers, 2000.
[xxvi]  Voir Katherine Mayo, Mother India, New York, Harcourt, Brace and C°, 1927 : « Inertia, helplessness, lack of initiative and originality, lack of staying power and of sustained loyalties, sterility of enthousiasm, weakness of life-vigor itself – all are traits that truly characterize the Indian not only of today, but of long-past history » (p. 16).
[xxvii] Tabous dont souffre aussi Buck dans Les Nuits de Bombay, p.169.
[xxviii]  M. Ferro, op. cit.,  p. 268-269.
[xxix]  H. Isaacs, op. cit., p. 276-277.
[xxx]  « Les Hindous sont la plus belle, la plus fine des races, songea de nouveau Miss Mac Daid. Lorsqu'on avait vécu longtemps aux Indes, les plus remarquables visages d'Occident apparaissaient comme des poudings anémiés et désossés » (Mousson, 43).
[xxxi]  Publié en mai 1927, le livre de Katherine Mayo fut réimprimé dès le mois suivant et dès janvier 1928 en était au seizième tirage. Mother India se présente comme un témoignage indigné et horrifié sur l'ignorance, la misère, le taux de mortalité, la sexualité, le mariage des enfants et la condition féminine en Inde. L'auteur loue les efforts du gouvernement britannique pour remédier au sous-développement du pays (p. 19), ajoutant que les Indiens eux-mêmes ne s'en occupent guère : « Today, however, few signs appear, among Indian public men, of concern for the status of the masses, while they curse the one power which, however little to their liking, is doing practically all of whatever is done for the comfort of sad old Mother India » (p. 20)
[xxxii] Thème abordé dans Bitter Lotus, où un affairiste anglais vient prospecter une côte splendide que ses installations portuaires et industrielles vont saccager.
[xxxiii]  Point souligné dans notre exposé « Les romans indiens de Louis Bromfield ou l'aventure en miettes » au Congrès de la SIELEC (« L'aventure coloniale, entre politiques d'empires et marginalités »), 15-16 mai 2008, Université Paul Valéry-Montpellier III, à paraître dans le n°7 des Cahiers de la SIELEC.
[xxxiv]  D. D. Anderson, op. cit., p. 83.
[xxxv] « Obsédé par l'idée de rendre à son peuple sa dignité et sa fierté, l'actuel Mahararajah songeait à y créer des filatures où la population pourrait fabriquer elle-même ses vêtements » (Mousson, 40).
[xxxvi] L'apologie vaut pour l'Occident comme pour l'Inde. Le suisse Bauer a beau être un médiocre, ses origines rurales le préservent de la décadence occidentale, « vigoureux, intact, incorruptible ». « Oui, il portait en lui la force de la terre elle-même, avec toute sa simplicité, toute sa beauté. Il venait de la terre et retournerait à la terre, insensible au doute, aux théories, aux idéaux, inchangé et inchangeable. Antithèse de la peur, de la lassitude, il appartenait à la terre éternelle » (Mousson, 277-278). C'est en sortant de l'orbite d'Esqueth et en revenant chez lui qu'il trouvera le salut par la terre.
[xxxvii] « Of the 181 individuals interviewed for this study, 69 spontaneously mentioned Kipling as a source for early impressions relating to India, and it seems reasonable to guess that many more would have recalled him if specifically jogged on that point » (H. Isaacs, op. cit., p. 241).
[xxxviii] Les pages indiquées pour La Ferme renvoient à la traduction de Mme Albert Guillaume, Stock, 1938 (The Farm, New York, Harper and Brothers, 1933).
[xxxix]  Voir R.K. Gupta, op. cit., p. 176.
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