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Une lecture du fait colonial : Romain Rolland face à l'éveil des peuples                                                                                  
Roland Roudil / Université Montpellier III
      
   « Je hais la folie coloniale des Français; ce n'est pas pour aimer celle des Italiens », écrit Romain Rolland à son amie Malwida von Meysenburg en 1895 à  propos des événements d’Afrique en Abyssinie et à Madagascar1, dénonçant un « ridicule jeu d’enfants »,  établi au nom d’un idéal de fraternité humaine et d’égalité sociale : au lieu de promouvoir leur mission civilisatrice, les nations d’Europe font preuve de surenchère militaire. Cependant, même si la question d’Alsace-Lorraine est moins brûlante que dans les deux décennies qui ont suivi la défaite de Sedan, l’idée de revanche maintient encore le pays dans un effort militaire en vue d’une guerre; et il faut bien, ajoute Rolland, «  déverser quelque part cette folie de brutalité patrio­tique ». La guerre doit donc avoir lieu et, lucide, il conclut : « Tel est notre égoïsme, et notre respect pour notre civili­sation, que j'aime encore mieux que ce soit en Abyssinie ou à Madagascar, qu’en France ou en Italie. »
   Observateur désabusé, plus que cynique, et dont l’œil est celui de l’historien, l’auteur de Jean-Christophe ne pourfend pas ici le discours colonial tel que l’a formalisé Jules Ferry devant la Chambre et selon qui  « les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures ». De même, au nom de l’idéal européen de la civilisation, dans une lettre à la même correspondante , Rolland relève l’année suivante l’hypocrisie et l’égoïsme des nations, de l’Angleterre et de la France en l’occurrence, face au problème de l’Egypte et de l’Erythrée. La morale des nations , écrit-il, suit celle des individus, et il ajoute, annonçant les thème majeurs de son œuvre ( la cité de Dieu, la création artistique et le sentiment religieux, la vie héroïque ):  « Le royaume du Christ n'est pas de ce monde; ni celui de Beethoven.»  [Lettre du 18 mars 1896 , C1,174 ]
   Il faut attendre mars 1903 pour que paraisse dans les Cahiers de la Quinzaine2 une œuvre inspirée par l'actualité en rapport avec l’Europe coloniale: la guerre des Boers. Péguy voulait pour sa revue des textes sur la guerre du Transvaal : autour d’un général victorieux, Lord Clifford, Rolland montre dans Le Temps viendra les différentes réactions des soldats anglais en guerre. Mais il n’oppose pas ces derniers aux Boers fanatiques, au comportement  tout aussi inhumain avec leurs esclaves nègres que sont haineux et cruels leurs adversaires britanniques. L’occasion pour l’auteur – comme auparavant dans Les Loups lors de l’Affaire Dreyfus - de discréditer les deux camps: ici deux pays colonisateurs représentant l’Occident et les textes sacrés auxquels tous deux sont attachés, Ancien et Nouveau Testament, au nom desquels sur un sol étranger l’Europe s’entredéchire déjà.
   La dédicace du livre : « Ce drame met en cause, non un peuple européen, mais l'Europe. Je le dédie à la civilisation », définit les intentions de l’écrivain; l’ingérence de l’Europe en Afrique n’est pas dénoncée, mais son attitude face à des populations qu’elle a pour mission d’éduquer, son appât de l’or et du diamant, l’image qu’elle donne au monde d’elle-même et qui préfigure l’attitude auto-destructrice du premier conflit mondial. En outre, à la faveur de l’évocation de cette seconde guerre des Boers, le thème du pacifisme est abordé3 qui sera approfondi au début des années 20 dans Mahatma Gandhi.
   Dans cette biographie, Rolland relèvera d’ailleurs qu’en 1899, l’avocat impétueux de la colonie du Natal soutenait l’idée que les Indiens devaient participer à l’effort de guerre: ils étaient en Sud-Afrique4, dira-t-il,  parce que le pays faisait partie de l’Empire britannique ce qui justifiera la création par ses soins d’une Croix Rouge indienne5 où, brancardier volontaire, le futur Mahatma portait secours aux blessés. Rolland interrogera ce dernier sur cette apparente contradiction : son zèle à défendre l’Empire britannique d’une part, son obstination à ébranler sa domination dès son retour en Inde de l’autre6. Le drame de 1903 se rattache d’une certaine manière à la « période indienne » de Rolland dans l’entre-deux guerres par le biais de l’évocation des colonies d’une Europe qui étend son empire sur le monde. Cette démarche illustre déjà son exigence à la fois esthétique et morale de parfaire l’unité de sens d’une œuvre qui se donne à lire, ici à travers l’exemple colonial, comme combat en vue de juxtaposer les points de vue divergents, voire antagonistes.
 
JEAN-CHRISTOPHE  ET LA FRANCE D’OUTRE-MER

   Le fait colonial donne l’occasion à Rolland d’exprimer ses idées dans un ouvrage – au sens quasi-architectural du terme - en train de se construire : Jean-Christophe, et dont la publication, qui s’échelonne de 1904 à 1912, porte la marque des idées exprimées par le rédacteur des Cahiers de la Quinzaine où le roman-fleuve parut. Les Cahiers -  Rolland le rappelle dans son Péguy  – offraient une large place, dans les premières années du moins, aux questions de justice sociale internationale. Ainsi quelque 40 ans plus tard7  leur rend-il hommage :
«…ce n’est pas un de leurs moindres titres d'honneur, ni de leurs initiatives les moins origi­nales, que de s’être fait les défenseurs, toujours aux aguets, des peuples opprimés de toute la terre. Quelle autre publication française peut présenter une telle série d'études documentées et vengeresses sur les crimes de la ‘civilisation’?»8
   Mais les peuples colonisés ne sont pas les seuls opprimés. Et de citer à côté d’une étude sur L'enseignement primaire des indigènes de Madagascar, ou d’articles de Félicien Challaye sur Le Congo français, d’autres textes sur Les Juifs en Roumanie ou « sur la résistance du peuple polonais aux exactions de la germanisation prussienne ». Rolland qui qualifie cet intérêt pour la justice internationale d’« ardente croisade » note qu’elle se limite pour les Cahiers aux années 1901-1906. La menace allemande et les événements russes déplacent le centre d’intérêt des publications sur la question de l’Alsace-Lorraine. Lorsqu’il évoque en 1908 dans Jean-Christophe9 la première crise marocaine et le « coup de Tanger », ce n’est pas pour dénoncer le partage de l’Afrique par les puissances occidentales mais pour illustrer le devenir des relations entre la France et l’Allemagne, la difficulté pour Olivier et Christophe de se dégager de leur point de vue nationaux et de s’entendre sur l’éternelle question des « peuples opprimés de l’Alsace-Lorraine », selon la formulation de Péguy dans L’Argent suite10.  Romain Rolland observe la montée des passions patriotiques, la versatilité des opinions, la force des préjugés nationaux et exprime des idées proches de cette  « plus grande France » chère aux Cahiers de la Quinzaine, le  « domaine de l’extension coloniale et celui du rayonnement spirituel étant confondus », selon l’expression d’Henri Giordan11. Dans une lettre du 12 juillet 1913 à G. Prezzolini, fondateur du mouvement florentin de la Voce, le « père » de Jean-Christophe met en relief les rapports privilégiés qu’entretenait la revue de Péguy avec la France d’outre-mer et, défendant les « coloniaux »  :
« J'ai quelques raisons de les connaître et de les défendre, écrit-il, ils ont été des premiers amis de Jean-Christophe. Voici bien des années que nous sommes, aux Cahiers de la Quinzaine, en relations épistolaires avec tels ou tels de ces hommes énergiques, et que nous faisons échange de nos espérances communes et de nos communs dégoûts.» [ C16,p.323]. 
   Dans cette même lettre qui critique le livre de Prezzolini ( La Francia et Francesi nef secolo XX ), il lui reproche d’avoir été inexact dans son tableau de la politique et de l’administration coloniale française et de méconnaître cette :
« élite nouvelle, plus vigoureuse, plus droite, et plus saine, que les nécessités de l'action, la solitude, le lourd poids salu­taire des responsabilités, ont formée dans nos colonies, soit parmi les officiers, qui non seulement conquièrent, mais organisent, administrent `et tâchent de comprendre la variété des races, soit parmi les Français, trop rares, mais d'autant plus hardis, qui vont s’établir là-bas.»
   La France des colonies n’est pas celle de la « Foire sur la Place ». Des forces vives s’y développent, susceptibles de régénérer à terme la métropole, comme en Indochine ou en Algérie « où nous avons toujours trouvé des foyers d'idéalisme vigoureux et de sympathies dévouées, alors que nous ne parvenions pas à secouer l’apathie des pro­vinces françaises. »
   Plus tard,  Rolland reviendra sur le rôle joué par les Cahiers de la Quinzaine dans le rapprochement de la France des colonies avec la métropole: dans une lettre à Fran­tisek Laichter, il est question de ces Français d’outre-mer auxquels s’adressait l’auteur par la voix de Jean-Christophe, et de l’énergie créatrice qu’ils lui insufflaient dans l’écriture de son œuvre;  par exemple,  ces :
«…deux fonctionnaires ou officiers français, au Tonkin, qui, dans le même village perdu, aux fron­tières de la Chine, avaient pris deux abonnements; ils auraient pu se passer le même exemplaire, mais chacun voulait le sien. Très peu de littérateurs et d'artistes. (…) Les Cahiers étaient leur chose. Cette voix soulageait leur pensée. Le sentiment de cette communion a doublé ma force pour continuer Jean-Christophe; et il explique le caractère qu’a pris l'œuvre, à partir de la Foire sur la Place. Christophe devient la voix d’un peuple uni­versel, d’une élite morale opprimée (…) mais qui, peu à peu, se groupe, prend conscience de sa force (…).»12
   Avant le premier conflit mondial, l’œuvre de Rolland,  à côté de l’approbation du fait colonial ( qui est l’accomplissement de la mission universaliste et républicaine de la France telle que définie à la fin du siècle précédent), porte néanmoins la marque d’une dénonciation affirmée, et dont la virulence ira croissant, d’un colonialisme érigé en idéologie où prédomine l’économie libre-échangiste à l’origine de conflits meurtriers. Dans une lettre à Sofia Bertolini13, à propos de la guerre qu’en septembre 1911 le gouvernement italien a entreprise en Libye, il écrit :
« Il m’est impos­sible d’en penser du bien, pas plus que de nos expéditions françaises au Maroc, allemandes au Cameroun (… ). Je considère les nations européennes comme des bandits, qui ne parlent que de civilisation, et qui ne pensent qu’à voler.»
   Annonçant par ailleurs des prises de position proches de celles de Au-dessus de la Mêlée ( compréhension du comportement des peuples, toujours prêts, victimes de l’illusion, à défendre leur patrie, critique des élites, religieuses notamment, dénonciation des agissements belliqueux ), il poursuit :
« Que la majorité des hommes se laissent aveuglément emporter par de tels mouvements, c’est naturel: il y a si peu d'hommes qui soient libres ! Mais que des prêtres chrétiens puissent faire l’apo­logie de la guerre - et d'une telle guerre, d'une  guerre de rapt et de conquête, - je ne puis dire l'aversion que j’ai pour eux.»
   Les puis­sances européennes se livrent au marchandage, celui par exemple de l'Allemagne et de la France à propos du Maroc et du Congo : « la politique de tout l’Occident est aux mains de quelques bandes de spéculateurs » . Les Etats faillissent à leur devoir et devraient « s’occuper de la misère de [leur] peuple, avant de songer à conquérir le Maroc (ou la Tripolitaine) »[ Lettre du 24 février 1912, C11,137]. Quelques mois plus tard, il exprime sa déception de voir l’Italie, seule nation européenne à s’être « conservée pure »,  « tremper dans le courant d’injustice et de violence, qui souille toute l'Europe. »
« Vous me demandez si j'admire cette incursion de torpilleurs dans les Dardanelles ? (…). Comment voulez-vous que j’admire chez les Italiens ce que je trouve criminel chez les Anglais dans l’Inde, les Allemands en Alsace, Sleswig, Pologne, etc., les Russes en Finlande, et les Français, au Maroc? »[ Lettre du 30 juillet 1912, C11,158].
   L’argumentation convaincante est assortie d’un ton sincère et révolté. Avec les représentants de la Voce, l’attitude est plus nuancée - peut-être par stratégie éditoriale puisque la revue fait connaître Jean-Christophe en Italie - et Rolland ne prendra ses distances avec le rédacteur Prezzolini qu’au moment où le pays, lors de la 1ère guerre mondiale, sortira de sa neutralité.
   Lorsque la guerre éclate, l’auteur de Jean-Christophe, écrivain maintenant célèbre, retenu en Suisse, ne peut s’isoler dans le silence. En septembre 1914, dans le célèbre article Au-dessus de la Mêlée, il exprime son mécontentement de voir « les trois plus grands peuples d'Occident, les gar­diens de la civilisation »  appeler :
« à la rescousse les Cosaques, les Turcs, les Japonais, les Cinghalais, les Soudanais, les Sénégalais, les Marocains, les Egyptiens, les Sikhs et les Cipayes, les barbares du pôle et ceux de l’équateur, les âmes et les peaux de toutes les couleurs.»[EL,73]
   Les « plus forts » en appellent donc aux « plus faibles » pour leur défense : « On dirait, poursuit Rolland, l’empire romain au temps de la Tétrar­chie, faisant appel, pour s’entre-dévorer, aux hordes de tout l’univers. » La Civilisation en quelque sorte s’est donnée à elle-même son propre arrêt de mort. Ce qu’il reproche aux pays d’Europe, c’est de ne pas avoir essayé de s’entendre avant la guerre pour l’éviter. Que ne se sont-ils appliqués à résoudre les questions qui les opposaient :  « celle des peuples annexés contre leur volonté, et la répartition équitable entre [eux] du travail fécond et des richesses du monde » ! L’allusion à l’annexion de l’Alsace-Lorraine et aux différents conflits exportés par les Européens sur les sols d’Afrique ou des Balkans se double de la nostalgie d’une présence coloniale bien-pensée, non seulement porteuse de valeurs de fraternisation des peuples et de leur libération mais génératrice de richesses économiques, où le colon, dans ce mouvement d’expansion outre-mer, est tout autant émancipateur qu’entrepreneur. La note rajoutée à ce même article l’année suivante pour sa publication en recueil, répond à ses adversaires qui lui reprochent son « mépris à l’égard des races d’Asie et d’Afrique ». Rolland argumente sa défense: la ligne de partage ne se fait pas entre peuples colonisés et colons, ni entre peuples opprimés et peuples oppresseurs; elle s’établit entre peuples civilisés et peuples barbares, à condition néanmoins de considérer que la barbarie a changé de camp: « les peaux blanches n’ont plus de reproche à faire aux peaux noires, rouges ou jaunes » :
« Ce n'est pas à celles-ci que mon blâme s’adresse, c’est à celles-là. Avec autant de vigueur qu’il y a quatorze mois, je dénonce aujourd’hui encore la politique à courte vue qui a introduit l’Afrique et l’Asie dans les luttes de l’Europe.»[ EL, p.83 ]
   Derrière la défense de la Civilisation, pointe la peur du déclin de l’Occident, voire la hantise d’un péril de la race blanche.  Le Journal des Années de Guerre en date du 22 septembre 1914  reprenait déjà les termes de l’article: «  Je trouve (…) criminel de faire appel, pour cette guerre, à tous les barbares de l’univers, Soudanais, Sénégalais [etc.] » mais Rolland ajoute cette phrase : « L’aspect d’un grand peuple d’Europe acculé, faisant tête à ces hordes sauvages, me seraient impossibles à supporter sans révolte »14. La crainte ici exprimée, avant Spengler, est celle d’un historien devant le déclin de l’Empire romain qui n’est plus capable de se défendre lui-même sans intégrer dans ses armées la soldatesque barbare. Vingt ans plus tôt, dans une lettre à Malwida von Meysenburg Rolland avait écrit : « L’Europe actuelle est pourrie comme le vieux monde romain » [C1,58 ] et plus tard, en juillet 1895 :
« Ah ! pauvres de nous, il paraît que dans soixante ans, les Chi­nois qui sont 400 millions, seront 800 millions. Il paraît de plus qu’une peuplade nègre double en quarante ans. De sorte que dans un ou deux siècles, l’Europe sera jaune, en attendant qu’elle soit noire. Un nouveau moyen âge commencera, plus étrange que le premier. Ce sont les savants et les philosophes qui le disent. Que deviendra notre civilisation blanche ? »
   Si l’Europe ne tend pas la main aux peuples des autres continents, elle signe son arrêt de mort : « Un jour viendra où dans l’Europe jaune, l’art blanc rayonnera comme chez nous l’art antique, d’un éclat immortel » ; mais le propos se nuance : l’humanité en sortira grandie et « d'une autre façon sans doute ; mais peut-être que de la nôtre il n’y avait plus rien à dire.» [C1, 145].
   Sa position face à la puissance coloniale française ne se comprend que dans cette reconnaissance globale du déclin de l’Occident15 : « Je n’avais pas vingt ans, que je voyais venir sur l’Europe les Barbares, les Barbares du dedans. Les Barbares du dehors », écrira-t-il en 1925 dans Le Voyage intérieur16. Toute l’œuvre, à partir de Jean-Christophe, et de ce qu’il considère comme des « travaux préparatoires » ( les Vies Illustres publiées aux Cahiers de la Quinzaine : Beethoven, Michel-Ange, Tolstoï), est le sursaut d’une conscience ne pouvant accepter cette Europe construite à la force des biceps à une époque où la France « se taillait dans le monde le plus vaste domaine colonial qu’elle ait jamais eu ». Au lieu de se retrancher sur des positions nationalistes figées, d’agir en fonction de valeurs matérielles asphyxiantes, de prôner une idéologie coloniale qui mène les Empires à leur perte, le futur auteur de « Europe, élargis-toi ou meurs »17, dépassant les clivages franco-allemands, se détourne de l’idéal européen cher à Goethe et Hugo pour s’ouvrir au monde et envisager globalement le destin des peuples: puisque le conflit est mondial, la solution est internationale. Cet élan  panhumaniste, inscrit déjà dans Jean-Christophe, sera affirmé plus tard par la reprise de cette citation de Michelet : « La Grèce est petite : j’étouffe […]. Laissez-moi un peu regarder du côté de la haute Asie, vers le profond Orient »18. Alors même que la guerre fratricide n’a pas éclaté, cette ouverture est exprimée dans une lettre de 1913, où Rolland  défend non seulement la Pologne et la Finlande mais aussi, annonçant son futur attrait pour les pays d’Orient, « certaines vieilles civilisations d'Asie, comme les Indes, l'Annam et le Tonkin » :
« on ne supprime plus, au XX°siècle, une natio­nalité consciente, on ne l’absorbe pas, malgré elle; jamais on ne réussira à fermer la porte sur son passé; tôt ou tard, dans vingt ans, dans soixante, dans cent ans, la porte se rouvrira, et le passé chassera la force qui l’a voulu nier ».19
 
LE DEBAT EUROPÉO-ASIATIQUE
 
   Jean-Christophe agit comme un outil de rapprochement avec l’Inde et en tant que tel représente un moyen d’action privilégié pour un auteur en mal d’exploits héroïques : le point de vue sur les colonies va s’en trouver modifier.
«Ce qu’on préfère de mon Jean-Christophe aux Indes, c’est l’Adolescent, Antoinette et le Buisson Ardent, écrit-il dans son Journal. C’est à peu près ce que je préfère. Il est curieux de voir, par delà les différences de races, l’universalité des sentiments les plus simples et profonds».20
   C’est par l’intermédiaire de Ananda Coomaraswamy, qui lui écrit en février 1915,  que s’établit un premier contact direct. Aux yeux du penseur indien, la guerre en Europe marque une crise dans l'histoire de la culture occidentale et démontre « la déloyauté et l’hypocrisie de la Chrétienté ». Or le renouvellement de la culture européenne ne peut se faire que grâce à l’intervention des autres cultures:
« Il y a en ce moment une guerre mon­diale des cœurs et des esprits, un universel Kulturkampf, d’où va surgir la civilisation de l’humanité. Et nous, Hindous, nous devons y prendre part».[ Février 1915, Inde, 10]
   Après avoir affirmé que l’Inde peut être pour l’Europe un « exemple », grâce à sa culture du passé et la profondeur de sa philosophie, Coomaraswamy avance l’idée que l’absence de guide européen peut être compensée par le recours à une religion qu’il qualifie d’éternelle et d’universelle:
« Je ne sais si l’Europe pourra trouver toute seule le chemin qui y mène; mais je sais qu’elle n’a pas trop de répugnance ni trop de fierté pour demander notre aide, et que si nous ne sommes pas avec elle nous serons contre elle...»[ Inde, 11]
   La coopération des cultures, et non leur importation obligée dans un contexte impérialiste, est donc susceptible de faire émerger une nouvelle humanité. Rolland, imprégné de l’idéal des Weltbürger, ne peut qu’être enchanté par cette voix qui, réhabilitant le religieux, fonde une morale nouvelle pour l’humanité future où les individus deviennent des « citoyens du monde», où la politique de l’expansion coloniale s’éclipse derrière la foi en une coopération des cultures :
« Si 10 ou 20 ans de vie me sont encore ac­cordés, je voudrais mener la pensée de ma race sur les hauts plateaux du monde, qu’elle n’a même pas entrevus…[ dans le]  jardin d’où furent chassés Eve et Adam tout nus...» [Février 1915, Inde, 11-12]
   Le discours de Tagore à l’Université impériale de Tokyo en  juin 191621, marque le début d’un vrai dialogue avec une colonie de l’Empire britannique. Le Prix Nobel de littérature - grand voyageur qui par trois fois22 rencontrera Rolland , définitivement installé en Suisse -  met en garde le Japon contre la civilisation d’Europe, annonce la fin de la mission civilisatrice de l’Occident, de son monopole et dresse un tableau sans pitié de cette civilisation « vorace et dominatrice » :
« …elle consume les peuples qu’elle envahit, elle extermine ou anéantit les races qui gênent sa marche conquérante. C’est une civilisation toute politique, aux tendances cannibales; elle opprime les faibles et s’enrichit à leurs dépens. C’est une machine à broyer. Elle sème partout les jalousies, les dissensions, elle fait le vide devant elle»[ Octobre 1916, Inde, 12] 23
   Essentiellement scientifique, profondément inhumaine, n’ayant pour but que de s’enrichir et de tromper le monde en dressant « de gigantesques et monstrueuses idoles dans les temples élevés au Gain, le dieu qu’elle adore », le monde occidental contemporain, prophétise Tagore, est voué à disparaître; l’Asie, dans son processus de décolonisation, doit s’engager à remettre en question les valeurs prônées par les Européens, à prendre conscience de sa propre richesse intérieure, mouvement qui, pense-t-il, doit s’accompagner d’un dialogue d’égal à égal avec l’Occident.
   Pour Rolland, ce discours marque un « tournant dans l’histoire » du monde et il observe qu’aucun journal européen n’en a parlé. Une telle dénonciation ne l’inquiète pas. Il sait depuis la guerre russo-japonaise de 1905, que le prestige de l’Europe est entamé, que la guerre, révélant sa sanglante barbarie, a achevé de discréditer aux yeux du monde une civilisation qui s’était donnée pour mission d’éclairer les peuples. La guerre finie, il demande au poète de l’Offrande lyrique d’adhérer à la « Déclaration d’Indépendance de l’Esprit » pour laquelle il désire entre trois et quatre signataires par pays: un écrivain, un savant et un artiste. Et tout en lui envoyant son texte sur Empédocle d’Agrigente, il écrit:
« Je voudrais que désor­mais l'intelligence de l’Asie prît une part de plus en plus régu­lière dans les manifestations de la pensée d’Europe. Mon rêve serait que l’on vît, un jour, l’union de ces deux hémisphères de l’Esprit; et je vous admire d’y avoir contribué plus que quiconque.»24
  Ainsi s’amorce le dialogue avec l’Inde que va concrétiser le recours à l’unité cérébrale de l’Inde et de l’Europe dont la « pensée a besoin de la pensée d’Asie, comme celle-ci a profit à s’appuyer sur la pensée d’Europe. Ce sont les deux hémisphères du cerveau de l’humanité. Si l’un est paralysé, tout le corps dégénère. Il faut tâcher de rétablir leur union et leur sain développement.» [Août 1919, Inde,16].
   Cette image, qui renvoie d’une certaine manière au « membra sumus corporis magni » de Sénèque (« Nous sommes les membres d’un grand corps ») et que l’on retrouve sous la forme de «lobes» dans Le Joujou patriotisme ( chez Remy de Gourmont, les deux lobes sont ceux de l’Allemagne et de la France), révèle un monde senti comme un organisme vivant qui doit se développer harmonieusement et dans lequel la guerre apparaît comme la conséquence d’une croissance exagérée d’une partie au détriment de l’autre. C’est un authentique rééquilibrage que doit opérer le contact culturel entre les continents et que favoriseraient entre autres la création d’Universités et de revues internationales.
De fait s’élabore un projet de culture européo-asiatique: « une muraille d’indifférence sépare ce pays [la France ] du reste du monde: (…) Elargissons la brèche! clame Romain Rolland. Et que, par l’ouverture, se fasse entendre à la France le message de l’Inde!»25.Le questionnement sur la marche du monde dépasse amplement le problème colonial ; telle est la raison pour laquelle il n’existe pas chez l’écrivain de position bien définie dans ce débat lancé dès 1919 par le premier congrès de l'Internationale Communiste quand celui-ci appelle à la rébellion « les esclaves coloniaux d’Afrique et d’Asie ». Séduit par « la voix de l’Orient » qui se fera entendre dans la France de l’après-guerre, notamment en 1924-192526, Rolland rapporte avec plaisir les propos de son jeune ami indien Kalidas Nag : grâce à Jean-Christophe, les jeunes lecteurs bengalis ont eu « la révélation de l’unité et de l’éternité de l’âme humaine », quitte à recourir à un discours teinté d’un darwinisme social emprunté à la fin du siècle précédent :
«Je dis que je suis certainement le dernier rejeton de l’avant-garde Aryane, venue des hauts plateaux d’Asie, et perdue maintenant parmi les races négroïdes et sémitisées d’Occident. Sans aucun doute, le tragique dialogue du Buisson Ardent n’a jamais eu chez mes compatriotes les échos passionnés qu’il a trouvés dans l’Inde». [4 avril 1922, Inde,30]
   Victime lui aussi victime de l’idéologie aryaniste, Edmont Privat, cet ami suisse de Rolland qui partira avec Gandhi, après son séjour en 1931 à Villeneuve , écrira à son retour :
« Voici l’Inde.(…). Pour nous, c’est le souvenir et le pressentiment de grandes choses…La Grèce, l’Inde, antiques patries fondées par nos ancêtres aryens ».27
   Ainsi, avec le déferlement de la barbarie européenne, la civilisation occidentale est en péril, « l’esprit se venge», dit Rolland; l’Inde et ses penseurs représentent face à la déperdition des âmes d’Occident une force morale rédemptrice où l’idéologie aryaniste a toute sa part : elle situe l’auteur dans la mouvance des intellectuels du 19°siècle, la lutte entre Aryen et Sémite étant soulignée par Taine et Renan; la société moderne, plus favorable au marchand qu’au guerrier, voit l’Aryen en situation d’infériorité et sa survie est menacée28. C’est pourquoi il doit partir en guerre: conquête, croisade sont des termes qui reviennent souvent dans les écrits de l’auteur de Saint-Louis (1897 ) comme dans cette autre biographie  consacrée à Vivekananda dont la pensée de « guerrier-prophète » rappelle son appartenance à la classe Kayastha, sous-caste des guerriers29. L’Occident matérialiste, pense Rolland, en redécouvrant le divin, participera à un renouveau religieux, inaugurera «une ère de développement moral et spirituel sans précédent dans l’histoire». Pour l’instant la libération des peuples opprimés importe moins que l’affirmation de cette unité du monde, et à l’idéal européen de Jean-Christophe succède la conviction panhumaniste d’une fraternité universelle:
«Des lointains de l’antiquité d’Asie…jusqu’à Socrate, …jusqu’aux lointains de l’avenir, qui retournera peut-être, bouclant la boucle du temps, à la pensée d’Asie, …nous formons un seul peuple.»30
   C’est cet esprit de reconquête qui l’anime lorsqu’il publie en 1924 son Mahatma Gandhi, « un des types les plus héroïques, dit-il, du Résistant »31 ainsi que cinq ans plus tard ses études sur les deux réformateurs du vedantisme: Ramakrishna et Vivekananda qui ont « réalisé, avec un charme et une puissance incomparables, cette splen­dide symphonie de l’Âme Universelle».32

MAHATMA GANDHI  ET L’EMPIRE BRITANNIQUE
 
   Plus précisément, Mahatma Gandhi est écrit après la controverse (décembre 1921- mars 1922) de Rolland avec Barbusse qui lui reproche d’être un « mystique sans emploi ». Le débat porte sur la question suivante: « la fin justifie-t-elle les moyens ? ». Suite à l’attentat contre Lénine en août 1918, la répression s’est accrue en Russie et Rolland prend ses distances avec la Révolution bolchevik, après avoir salué son avènement. Par ailleurs, sous les coups de la réaction des classes dirigeantes, un régime de terreur s’est installé en Europe, en Allemagne mais aussi en Hongrie, Bulgarie, Pologne et Roumanie33. La société dont rêve l’auteur pacifiste de Clerambault peut-elle se réaliser sans répression ni installation d’un régime de terreur, dans le respect des choix individuels? Dans cet échange avec l’auteur du Feu, la réponse de Rolland est affirmative car il existe une autre arme, « beaucoup plus puissante, et qui convient à tous » : celle des Conscientious Objectors , « celle au moyen de laquelle Mahatma Gandhi sape actuellement la domination de l’Empire britannique dans l’Inde.» [Lettre du 2 février 1922, TPS., 213]
   Le 18 mars 1922, Gandhi est condamné à 6 ans de prison. Même si dans son Journal, Romain Rolland décrit un Kalidas Nag mettant l’accent sur les différences qu’il croit percevoir entre la pensée de Tagore et celle du Mahatma :
« Tagore a en Inde, une position absolument identique à la mienne, dans le débat Barbusse. Il soutient le principe de l’absolue liberté individuelle; et Gandhi lui-même, le «non-résistant», y porte atteinte, en soumettant l'individu à des tactiques de masse » [ 4 avril 1922, Inde, 28 ], tous deux , le Poète bengali et le « Christ des temps modernes » embrassent, pense Rolland, « dans [leur] double étreinte l’Orient et l’Occident, celui-ci, tragédie de l'action héroïque; celui-là, vaste songe de lumière   tous deux ruisselants de Dieu, sur le monde labouré par le soc de la violence ». [ MG, 84]. 
   C’est avec cette conviction personnelle ( résistance non-violente et individuelle ), mais surtout animé de cet esprit – foi en l’idéal héroïque, croyance en la complémentarité des deux continents, présence cosmique du divin - qu’il se lance dans l’écriture de la vie de la « Grande Âme ». Un an après l’emprisonnement du Mahatma paraît cette hagiographie, vendue en 100 000 exemplaires en une seule année, traduite en de nombreuses langues et qui accrut la notoriété du leader indien dans son propre pays34. L’auteur a le sentiment qu’il réalise par cette œuvre l’union souhaitée des deux continents et réaffirme sa critique du matérialisme de la civilisation occidentale :
« Le vrai ennemi de l’Inde, c’est elle, bien plus que les Anglais qui, individuellement, ne sont pas méchants, mais malades de leur civilisation. Aussi, Gandhi combat ceux de ses compatriotes qui voudraient chasser les Anglais, pour faire de l’Inde un État civilisé, à la façon européenne. Ce serait, dit-il, « la nature du tigre, sans le tigre.» Non, le grand, « le seul effort requis est de chasser la civi­lisation d’Occident. »[MG.44]  
   Certes, l’engagement de Gandhi contre la colonisation britannique et les moyens originaux mis en œuvre dans sa lutte – le Satyagraha expérimenté en Afrique du Sud pendant 20 ans –  impressionne Rolland, mais que cette lutte soit tout autant nationale que religieuse et morale le séduit davantage encore. « Religieux par nature, politicien par nécessité » [MG.33], l’apôtre de l’Inde présente l’idéal de Non-violence comme une hypothèse sociale dans la lutte contre la colonisation, une véritable expérimentation au même titre que l’expérience bolchevique dans la Révolution prolétarienne; du même coup l’action de Gandhi est une réponse au propos de Barbusse: la vérité est le but, la non-violence le moyen, encore faut-il que celle-ci soit empreinte de cette pureté d’âme qui est la condition même du swadeshi: l’autonomie de l’individu, vécue personnellement au quotidien dans sa confrontation avec la réalité est une recherche de la vérité ; elle est aussi un préalable à l’autonomie des peuples. Gandhi n’a-t-il pas donné comme titre à sa biographie, occulté dans la traduction française: « Histoire de mes expériences avec la vérité » ? C’est dire combien cette révolution, selon la formulation de Lanza del Vasto exige moins « le changement du régime social que la transmutation de la substance humaine ».35
   Le Mahatma incarne cette voie. Même si les violences policières commises par le pouvoir britannique sont rapportées sans fard, notamment lors des événements d’Amristar, il serait inexact de voir dans cette biographie, une remise en cause du phénomène colonial; loin de proposer une modification radicale des rapports hiérarchiques et d’ailleurs complexes de l’Inde, il s’agit pour Rolland de faire connaître à l’Europe un leader qui par des moyens originaux de résistance fait prendre conscience à un peuple de sa force, et cela dans le cadre d’un renforcement des liens entre deux continents, une entreprise parmi d’autres, comme cette idée qu’il a lui-même de créer à la même époque une maison de l’Asie avec Roniger, une revue internationale ( celle qui donnera naissance à la Revue Europe), et même une Maison de l’Amitié. Au demeurant, Gandhi avait lu Thoreau et Mazzini ainsi que le Sermon sur la Montagne ; à ce titre son action se réclamait d’une tradition occidentale judeo-chrétienne et pacifique, humaniste et libérale. Si Rolland avait d’ailleurs voulu traiter la libération du peuple indien sur un mode plus revendicatif, son étude aurait porté sur la révolte nationaliste du Bengale de 1905 au moment de sa partition, dressé les portraits de Tilak ou d’Aurobindo - avant que celui-ci, il est vrai, délaissant son engagement politique, ne se décide de se retirer à Pondichéry dans son ashram et ne sombre dans l’ « aristocratisme » [20 juin 1937, Inde 494]. Pour l’heure, la pensée religieuse et universaliste l’emporte sur les prises de position politiques et anti-coloniales. Un an après la publication de l’autobiographie, à propos de celui que Masson-Oursel qualifie de « dictateur indien »36, Roland s’interroge encore dans l’introduction à La Jeune Inde, recueil d’articles du Mahatma : « Assistons-nous à l’apparition d’un prophète qui apporte un nouveau Credo? »37: « Prophète », « credo »: la libération du peuple est menée par un héros qui , de Beethoven à Tolstoï, de Mazzini à Sun-Yat-Sen, incarne et réveille les forces puissantes de l’esprit des peuples.
   En juillet 1925, Rolland se tourne vers un autre continent lorsqu’il répond à l’enquête que mène Clarté à propos de la guerre du Rif et dans laquelle il précise ses positions, d’autant plus intéressantes qu’il y est question, cette fois-ci, d’une possession française: « Oui ou non, condamnez-vous la guerre ? » demande Barbusse. Rolland réaffirme ses principes : contre la guerre, contre le fanatisme et toute forme de violence, mais aussi contre le communisme.  Il s’associe néanmoins à la protestation et signe l’Appel de Barbusse. Le texte de Rolland, s’il paraît in extenso dans Clarté, est amputé d’un paragraphe lorsqu’il paraît dans L’Humanité :
« Quant aux communistes, qui ne voient dans ce soulèvement des peuples que la ruine de l’impérialisme, je les avertis que les forces déchaînées ne distingueront pas entre l’impérialisme et le communisme d’Europe et que sous le rouleau d’Asie le bolchevisme de Moscou sera un jour anéanti ».38
   Où s’exprime la crainte du « péril jaune » , mise en vogue lors de la guerre russo- japonaise, en même temps que se manifeste – depuis le déchaînement de la presse autour d’Au-dessus de la Mêlée – la facilité avec laquelle les propos de Rolland sont régulièrement l’objet de lectures sélectives et tendancieuses, sans doute parce que, favorable à  l'émancipation de tous les peuples, il la souhaite, comme le rappelle Barrère39,  « progressive, et non sans des précautions et des nuances où se manifestent à la fois son réalisme historique et son esprit de justice ». Nuances qui s’atténueront lorsque les événements obligeront bientôt l’écrivain à des positions idéologiques plus tranchées et dont sauront profiter efficacement Barbusse et les amis communistes de l’Urss.
   Dans une lettre à Paul Kellog40  à propos des événements du Rif et de Syrie, le point de vue de Rolland sur la question coloniale se précise mais évite encore une fois la simplification dichotomique. Certes, il y exprime son intuition d’un grand conflit à venir entre les nations colonisatrices et les peuples colonisés: ce qui se passe là, dit-il, doit être envisagé dans le cadre « du grand drame de l’expansion impérialiste et conquérante des races d’Europe (et d’Amé­rique anglo-saxonne), aux prises avec les races indigènes » mais il importe de prendre en considération les deux points de vue antagonistes, celui des « conquis » et celui des « conquérants ». Après avoir dénoncé la prétention de ces derniers « à servir la cause de la civilisation, en même temps que leurs intérêts » qui n’est « qu’une hypocrisie, ou le signe d’une étroitesse d’esprit inca­pable de reconnaître la grandeur propre des autres civilisations », il s’inquiète de l’indépendance du Rif qui met en danger le Maroc, défendu avant la guerre par les Français contre les Allemands dont la présence aurait été une « cause permanente de menaces pour l’Algérie. ». Or l’Algérie est la pierre angulaire de l’édifice colonial français en Afrique:
« La France peut-elle laisser compromettre son empire africain, son labeur puissant et heureux d’un siècle, son seul effort colonial qui ait pleinement et brillamment réussi, avec l’assentiment patiemment obtenu des races indigènes, et pour le bien commun ? »
   Passons sur l’accord supposé des colons avec les indigènes qui laisse dans l’ombre l’insurrection de confédérations tribales ainsi que le coût d’une colonisation dénoncée en son temps par Clémenceau  en réponse aux propos de J. Ferry rapportés plus haut . Certes, reconnaît Rolland, la conquête de l’Algérie « partie intégrante du domaine français, un membre nécessaire », fut « le fruit d’une extorsion » mais pour maintenir le territoire au sein de l’Empire colonial, il est fatal de devoir commettre « d’autres crimes contre l’indépendance des races indigènes »:
«Si le conquérant s’arrête en chemin et fléchit, toute sa conquête chancelle; l’Islam entier se soulève. Et qui peut calculer les ruines, non seulement pour la France, mais pour l’Europe ? »
   Alors que ses espoirs, avait-il prévenu dès la fin de la guerre, résidaient dans une Internationale de l’Esprit, c’est au nom de l’Europe que l’entreprise coloniale est ici défendue. Même argumentation pour l’Inde: si elle acquiert l’indépendance, ce qu’il ne semble pas irréaliste d’envisager, l’économie de l’Angleterre, qui tire ses richesses du sous-contient asiatique, sera atteinte de plein fouet, ce qui provoquera dans la nation souffrances et révoltes sociales. Attitude bien réaliste, surprenante chez un écrivain dont l’œuvre est tout empreinte d’idéalisme ! Se font jour encore une fois les différentes craintes sur « l’éveil de l’islam », la peur de l’asiatisme ou du pan-africanisme, tout à fait dans l’air du temps. Rolland voit bien là d’ailleurs un dilemme et lui apporte une réponse:
« il faudrait, dit-il, que les deux antagonistes consentissent à se faire des sacrifices mutuels, à traiter en commun, dans un esprit de bienveillance et d’abnégation, une question angoissante, d’où dépend la vie, la mort de tous deux. Car leurs destins sont liés. »
   Il y a donc péril en la demeure européenne: depuis la guerre, les pays indigènes voient bien « la faiblesse de l’Europe, les symptômes de son dépérissement »; et dans ce contexte, « leur propre force […] renaît, leur orgueil, indien ou musulman, s’est exalté. »
   Dans cette même lettre, l’historien Rolland – et le lecteur d’Eschyle - rappelle le destin des civilisations où le châtiment qui succède au crime suit le cheminement imposé par l’antique Fatum : oppresseurs et opprimés « ne peuvent plus s’en dégager sans périr ». Par ailleurs, étant donné l’incompétence de la SDN qui représente les gouvernements et non les peuples, compte tenu aussi de l’orgueil des Etats, l’Occident court à la « catastrophe ». Dans ces circonstances, quelle chance de salut ?
«…bloquer les freins de la machine en marche (est-ce possible ?) de l'impérialisme des armes et de l'argent, et (…) faire appel à la coopération des races opprimées. Réunir de véritables Etats généraux de l’univers où les représentants des races opposées confrontent leurs besoins et leurs aspirations, cherchent loyalement en commun un modus vivendi, qui satisfasse à leurs nécessités mutuelles, et établissent les bases d'un nouveau Contrat Social du genre humain. »
   En 1926 , l’année même où il accepte de figurer au Conseil Humani­taire consultatif du « comité de défense de la race nègre »41, il lance un appel Aux étudiants et travailleurs indochinois résidant en France42 où s’expriment sensiblement les mêmes idées. Mais le discours, public cette fois, devient plus militant: Rolland réclame la liberté pour Nguyen-An-Ninh , condamné à deux ans de prison par le gouverneur colonial de la Cochinchine pour délit d’opinion, suite à la parution de son livre: La France en Indo-Chine. Au nom de la liberté d’expression, de l’égalité des droits et des devoirs, et de la collaboration entre Indo-Chinois et Français, la vérité sur les abus du régime colonial doit être établie; les civilisations se doivent de dépasser les nationalismes étroits qui divisent les peuples d’Europe et d’Asie et ruinent ainsi « l’œuvre commune de l’hu­manité. » Fidèle à son idéal de fraternisation universelle, Rolland s’en prend une nouvelle fois à l’esprit conquérant des Européens et les mobiles qui les ont animés dans leur entreprise : « lucre, esprit d’aventures et de curiosité, avidité de conquêtes et de gains, impérialisme». A cela s’ajoute un fait nouveau : les Européens ne sont pas les seuls victimes de ces « stupides préjugés de vanité de races » :
« Je le vois en maints pays d’Asie, ajoute-t-il, où les peuples opprimés longtemps, à peine ont-ils l’espoir de se libérer, affichent des préjugés d’orgueil, de supériorité de race et de mépris des autres races, qui ne valent pas mieux que ceux des oppresseurs. »
   Le nationalisme est un obstacle à l’entente entre les peuples: Au-dessus de la Mêlée l’avait affirmé haut et fort dès septembre 1914. Dénoncé comme idéologie - issue de la Révolution française comme il le rappelle dans sa lettre à Gabriel Périé43 - ce nationalisme-là dont se revendiquent les pays opprimés par les Européens, comment s’opposer à lui si dans un même temps, on défend les efforts de ceux qui s’en réclament pour briser le joug de l’oppresseur ? Même si Rolland termine son Appel en affirmant que « l’adversaire d’hier sera le collaborateur de demain », ou que du « mal sortira le bien », on sent bien qu’insérer de tels points de vue dans un ensemble cohérent va vite s’avérer délicat, d’autant plus que les politiques des pays voisins de la Suisse évoluent rapidement…Et que penser d’un Tagore qui, lors de son séjour en Italie, ne cache pas son attirance pour Mussolini ?

CAUSE DE L’INDE ET OPPOSITION AU FASCISME

   Car il est un fait nouveau dans cette Europe du milieu des années 20, sensible à la fois aux Appels de l’Orient44  et à la Révolution surréaliste45 : la promulgation en Italie des lois fascistissimes ou l’assassinat de Matteoti qui poussent Rolland, dès le 19 avril 1926, c’est-à-dire le lendemain des provocations guerrières de Mussolini à Tripoli, à rédiger une Adresse à La Ligue française des Droits de l’Homme [QAC,66] puis  quatre jours plus tard  une Lettre à Henry Torrès : «  Tout régime fondé sur les principes du fascisme italien est dégradant pour la conscience humaine » [QAC, 67]. Le mois suivant, il envoie une autre lettre au journal des proscrits italiens à Paris, La Libertà et rend hommage à Filippo Turrati, député socialiste qui vient de s’évader des îles Lipari, ainsi qu’à tous les persécutés de l’Italie mussolinienne :
« Le combat que vous livrez n’est pas seulement pour la libération d’un grand peuple opprimé, humilié, outragé,- il est, pour la liberté du monde entier.» [QAC, 68].
   Assurément subsistent dans ces prises de position l’attachement de Rolland à l’entente entre les peuples ( comme en 1924 dans l’« Appel aux Français pour venir en aide aux malheureux d’Allemagne » [QAC, 62] ), la valorisation de l’idéal héroïque pour la libération des peuples opprimés ( à propos de  Haya de la Torre, par exemple, ce chef de la jeunesse péru­vienne que Rolland décrit à Kalidas Nag comme « un idéaliste qui a sacrifié sa vie à la cause des opprimés (les Incas, réduits à une sorte d'esclavage) » [Lettre du 9 février 1925, C12, 129], ou l’attachement à l’indépendance de l’esprit dans sa recherche de la vérité qui seule permet la libération individuelle ( parce qu’« Ignavia est jacere… »)46. De même, à cette époque, est maintenu le clivage entre Européens et pays colonisés : lorsque la section française de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté veut donner pour sujet général de discussion à ses réunions annuelles: « la question coloniale », Rolland suggère un autre titre: «Les rapports entre les races européennes et les races indigènes». [Inde, 112-Septembre 1926 ]. Mais défendre la cause de l’Inde, ou de tout autre peuple colonisé, va dorénavant réclamer une affirmation toujours plus nette de la dénonciation du fascisme italien.
«Si on approuve - écrit Rolland dans son Journal, à propos de Tagore, séduit par le Duce – l’abus de pouvoir et le mensonge imposé, en Italie, pour des raisons d’opportunisme politique, alors on n’a plus le droit de défendre la cause de l’Inde.» [ 29 juin 1926  Inde, 139 ]
   La dénonciation anti-fasciste et le soutien à l’Urss (ou du moins son projet et le peuple qui le met en œuvre à défaut de ses dirigeants) se réalisent concomitamment, ce que révèlent les articles de 1927-1928 réunis dans Quinze ans de combat. Rolland croit toujours plus fermement aux possibilités de rédemption de l’Occident par le monde nouveau qui est en train de se construire en Union soviétique, comme il y a peu, il le voyait poindre dans le rapprochement de l’Inde et de l’Europe ( « Lux ex Oriente » !) ; et tout en adhérant en 1927 à la Ligue contre l’oppression coloniale et l’impérialisme, qui regroupent les « tenants de l’anti-impérialisme de type léniniste », les « représentants d’une certaine pensée humanitaire d’inspiration social-démocrate et les principaux leaders des premiers mouvements nationalistes africains et asiatiques »47, il signe l’Appel antifasciste de Barbusse, devient président d’honneur du meeting antifasciste qui se tient à Paris en février48, répond à une invitation adressée par VOKS, en octobre de la même année, où il exprime à ses « frères et sœurs » de Russie un témoignage d’amitié dont ils ont besoin « plus que jamais aujourd’hui, à cette heure où tous les impérialismes, tous les fascismes, tous les obscurantismes, s’évertuent à déchaîner contre vous la presse et l’opinion… »[ QAC, 84]. Il est clair que Rolland s’associe à l’espoir que fait naître en Russie « un peuple qui tâche au prix de souffrance sans nom, d’enfanter un ordre nouveau. ». Et cet espoir s’associe tout naturellement à une critique de l’impérialisme anglo-saxon, comme le témoigne sa correspondance avec Jean Guehenno49   au sujet de Mother India de Katherine Mayo50, livre dans lequel elle défend la thèse selon laquelle « la race blanche doit rester [en Inde], pour le salut des races asservies car celles-ci sont inca­pables de vivre seules». La Revue Europe dont Guéhenno est directeur doit faire en sorte, pense Rolland, qu’un tel  « poison n’ait pas le temps de se répandre». Pour cela, le bureau d’Europe :
« devrait être un arsenal fourni des meilleures et des plus récentes munitions pour riposter aussitôt à tous ces malfaiteurs, plus ou moins gagés, dont la fonction est de travailler l’opinion contre l’Inde, la Chine, la Russie, etc. - tous ceux qu’on veut étrangler et dépouiller. Toutes les publications nouvelles de défense des races opprimées devraient être centralisées chez nous.»51
   Rolland a définitivement fait sienne la pensée de Lénine sur le colonialisme comme caractéristique de « l'impérialisme, stade suprême du capitalisme ». Mais la défense indifférenciée des peuples opprimés ne va pas sans difficulté pour se maintenir dans une cohérence de pensée: les communistes ne soutiennent pas Gandhi, et celui-ci n’approuve pas la révolution bolchevique. De plus, à l’engagement politique s’ajoute l’aspect mystique de la pensée religieuse de Rolland : comment concilier le matérialisme historique dont s’inspire « le Marxisme Léniniste révolutionnaire et constructif » [QAC,232] et la foi de l’auteur en un « sentiment océanique », un ordre cosmique dont il s’est fait l’écho quatre plus tôt dans Ramakrishna [ RK, 29], en un monde où un « ordre caché » tel que le révèlent les philosophies du Vedanta  s’oppose résolument à l’ «ordre brutal » imposé par l’Occident : celui qui a goûté au premier ne peut plus se contenter du second, dit-il, avant de préciser :
« Ce n’est rien, de régner sur un monde, qu’on a, pour les trois quarts, asservi, avili, ou détruit. Il faut régner sur la vie, tout entière embrassée, respectée, épousée, et dont harmonieusement on sait coordonner les forces qui s’opposent, en un juste équilibre.»
   Dès le début des années 30, sans doute – et entre autres raisons - par l’effet de sa rencontre avec Maria Koudacheva, sa future épouse d’origine russe, Rolland soutient plus ardemment l’Urss, au moment même où Gandhi vient séjourner chez lui à la villa Olga. Les discussions avec le Mahatma, précisément consignées dans son Journal, montrent bien que les préoccupations des deux hommes sont différentes. Rolland s’aperçoit que la méthode de Gandhi ne peut s’appliquer à l’Occident qui a un défi à relever d’une autre nature que celui de l’Inde. Le petit-fils de Gandhi, dans la biographie consacrée à son grand-père, fait dire à Rolland, d’une manière beaucoup plus décisive que lui-même n’aurait pu l’exprimer : 
«Vous savez, le fascisme est un danger beaucoup plus grave que le colonialisme. Nous devrions faire front commun avec les communistes et l’Union soviétique contre les fascistes et les nazis.»52
   Dès lors Rolland se rapproche des thèses communistes; il entre au comité directeur de Commune, va mettre au-dessus de tout la révolution sociale. L’Urss qu’il exalte est le meilleur rempart contre le fascisme, surtout à partir de l’avènement de Hitler en 1933. Le Courrier de l’Inde , rubrique qu’il va tenir quelque temps dans la revue Europe, va désormais condamner le « terrorisme colonial » et l’assimiler au fascisme mussolinien . Informé par ses amis indiens, il condamne la politique de répression des Anglais aux Indes et l’attitude du vice-roi, « prisonnier des instruments de répression dont il fait emploi », qu’il compare à Mussolini , « le faux énergique, [qui] mène ses bandes mais (…) à condition d’être mené par elles » [“Echec au Roi”, Inde, 543]. Dans Révolution, le chef invisible, il compare le comportement de la police britannique aux expéditions punitives organisées par les chemises noires [Inde,550].
   Dans sa défense des condamnés de Meerut, tout en dénonçant  « la terreur qui pèse actuellement sur tous les points de la terre livrée à l’exploitation capitaliste », il déplore la répression implacable qui sévit dans l’Inde anglaise [15 février 1933, Inde,574-5]. Deux mois plus tard, le procès de Meerut lui paraît « presque humain » auprès du « monstrueux verdict » de Saïgon, qui a « la barbarie, après trois années d’emprisonne­ment, de condamner à mort 8 travailleurs indochinois, l8 aux travaux forcés à perpétuité, et de distribuer à une centaine d’autres 900 années de bagne! ». Il s’en prend à la France de M. Daladier et se révolte de voir « 10000 Annamites qui se meurent dans les prisons ou dans les bagnes de Poulo-Condor et de la Guyane! »[ QAC,198]  
   
EN GUISE DE CONCLUSION

    En 1936, Rolland – dont la soif de reconnaissance officielle par son pays est grande – se rapproche - à moins qu’il ne soit « récupéré » par lui - du Front Populaire dont il devient malgré lui l’icône septuagénaire et vivante,  et qui par la voix de Léon Blum tient le discours maintenant bien rôdé à gauche du droit et du devoir :
« des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâces aux efforts de la science et de l'industrie ».
   Ainsi, l’œuvre est-elle construite sur des prises de position successives dont l’essentiel en matière politique n’est jamais remis en cause jusqu’au 2ème procès de Moscou. Le pacte germano-soviétique finira par détourner tout à fait Rolland des sirènes communistes. De son évolution d’intellectuel, il fait lui-même de nombreuses lectures et critiques, empreintes de rectifications, de détours au fil de cette « route qui monte en lacets » et qui constitue le lent et parfois laborieux cheminement d’une pensée « engagée » dans son temps. Dans cette recherche éperdue, où l’auteur ne sort pas nécessairement vainqueur, le regard sur la question coloniale n’est qu’un aspect d’une vue d’ensemble sur la défense des peuples opprimés à la recherche de leur identité. On serait bien en peine de trouver un fil conducteur cohérent à cette réflexion sur le colonialisme (le mot n’est  d’ailleurs jamais utilisé) où domine avant tout la quête d’un  ordo novus. En proie à un désir vital de cohérence à la fois esthétique, morale et idéologique, soumis à la force irrépressible d’une perpétuelle remise en question,  seule sauvegarde contre la pensée desséchante, faite de préjugés et d’idolâtries, ce « précurseur », cette « conscience », dont parlent dès 1914 ses hagiographes, développe au fil des années les thèmes récurrents constitutifs de l’œuvre : la vie héroïque, la fraternité universelle, les ressources de l’esprit libre. L’écrivain, dont les propos sont traversés par tous les grands courants d’idées de cette première moitié de siècle (pacifisme, internationalisme, communisme, asiatisme, fascisme…)  cherche en réalité – loin de toute cohérence idéologique – et à travers les dissonances d’un monde bouleversé, à fonder l’harmonie de la pensée et de l’action, de l’être et de l’humanité. Si sa condamnation du terrorisme colonialiste est conforme à la « doc­trine » du communisme international, c’est dans ce sens-là que Romain Rolland, comme le suggère Guy Thuillier53, y met un «  accent particulier.»
 
                                                                                        
 NOTES

Lettre du 18 décembre 1895, p. 153 - Choix de lettres à Malwida von Meysenburg. Avant-propos d’Edouard Monod-Herzen, Cahiers Romain Rolland n°1, Albin Michel,1948 - Désormais noté C1
2 14e Cahier de la 4e série, mars 1903.
3 « Le temps viendra  quand tous les hommes sauront la vérité, quand ils fondront les piques pour des faux, les sabres pour des herses, et quand le lion s'étendra près de l’agneau.» [ selon les prophéties d’Isaïe ].
4 Vie de MK Gandhi écrite par lui-même, Editions Rieder,1931, p.168-169.
5 Mahatma Gandhi, édition augmentée, Stock, 1930 [1ère édition 1924], p.20. Noté MG.
6 Mohandas K. s’en explique dans son autobiographie, op.cit., chap.IX. 
7 En 1916 déjà, il note : «  Toute une série des Cahiers de la Quinzaine a été consacrée à flétrir les crimes de la civilisation », article « Aux peuples assassinés » in L’Esprit Libre, Préface de Jean Albertini, 1971, Editi-Service S.A.,Genève, p.190. Noté EL.
8 Péguy, Albin Michel,1945, Tome I , p.322-323.
9 Jean-Christophe, édition définitive en 1 volume, Albin Michel,1966, pp.1060-1068.
10 Péguy, op.cit. p.323.
11 Romain Rolland et le mouvement florentin de « La Voce ». Correspondance et fragments du Journal, présentés et annotés par Henri Giordan, Cahiers Romain Rolland n°16, Albin Michel, 1966, p.324 - Noté C16
12 Lettre  du 14 avril 1925, publié in Bulletin 34, décembre 1955, pp. 19-26 , C16,34.
13 Lettre du  10 octobre 1911, p.123 - Chère Sofia. Choix de lettres de Romain Rolland à Sofia Bertolini Guerrieri-Gonzaga. Cahiers Romain Rolland n°11 -. Noté C.11
14 Journal des années de guerre, 1914-1919, Albin Michel, 1952, p. 50.
15 Sur « le déclin de l’Europe et la décadence de l’Allemagne », voir le chapitre que lui consacre R.Cheval, Romain Rolland, l’Allemagne et la guerre, PUF, 1963, p.103-217.
16 Le Voyage intérieur. Songe d’une vie, édition augmentée, Albin Michel, 1959, p.353. 
17 « Europe, Elargis-toi », lettre ouverte à  Gaston Riou, Janvier 1931, QAC,112.
18 J.Michelet, La Bible de l’Humanité, cité en exergue à La Vie de Ramakrishna, Romain Rolland, Stock,1993, p.11.
19 3 juin 1913 - Lettre à un destinataire inconnu, publiée in Bulletin n° 58, décembre 1961, p. 32., cité par H.Giordan, C16, p. 98
20 23 août 1920-  Inde, Journal, 1915-1943, Albin Michel, 1960, p.18. 
21 Extraits reproduits dans « Aux Peuples assassinés » , EL, op.cit.p.191.
22 « Romain Rolland et Rabindranath Tagore », in Jacques Roos, Etudes de Littérature générale et comparée, Editions Ophrys, 1979.
23 Andrée Viollis écrira de même : « La guerre avait à peu près détruit le prestige européen (…). Les demi-dieux étaient tombés de leur socle» ; les intellectuels indiens avaient pu « mesurer le néant d’une civilisation scientifique qui n’invente que pour tuer et ravager, la faillite d’une morale qui, prétendant assurer le bonheur des peuples, les conduit à la haine, au meurtre et au pillage (…) Leur idéal [ était] supérieur à celui de l’Europe et leur tour [était] venu d’apporter au monde un message spirituel.» (L’Inde contre les Anglais, Editions des Portiques,1930, p.46).
24 Lettre du 10 avril 1919 - Rabindranath Tagore et Romain Rolland, Lettres et autres écrits. Introduction par Kalidas Nag, Cahiers Romain Rolland n°12, Albin Michel, 1961- p. 21. Désormais noté C12.
25 Ananda Coomaraswamy, La Danse de Çiva- Quatorze essais sur l’Inde - Traduction de Madeleine Rolland - Avant-Propos de Romain Rolland, Editions Rieder, 1922, p.9.
26 Sur cette « redécouverte » de l’Asie aux alentours des années 20 s’inscrivant dans une pensée universaliste, voir, Eliane Tonnet-Lacroix, Après-guerre et sensibilités littéraires (1919-1924), Publications de la Sorbonne, 1991, notamment pp.124-126.
27 Edmond Privat, Aux Indes avec Gandhi, Editions Victor Attinger, 1934, p.32.
28 J.Assayag, L’Inde fabuleuse, Le charme discret de l’exotisme français (XVII°s.-XX°s.), Editions Kimé, 1999, p.169.
29 Essai sur la mystique et l’action de l’Inde vivante, II : La vie de Vivekananda, Stock, 1977, p.14. Désormais noté VK.
30 «La Route en lacets qui monte», EL 188.
31 Mahatma Gandhi , éd. nouvelle augmentée d’une Postface, 1930, Stock, p.53. Dorénavant noté MG ]
32 Essai sur la mystique et l’action de l’Inde vivante, I : La vie de Ramakrishna, Stock, 2002, p.17 dorénavant noté VR.
33 Textes politiques, sociaux et philosophiques de Romain Rolland, Editions sociales,1970, p. 70. Dorénavant noté TPS.
34 Voir Claude Markovits, Gandhi, Presses de la fondation nationale des sciences politiques.
35 Le pèlerinage aux sources, Denoël,1943, Collection Folio, p.169.
36 Romain Rolland et la NRF, correspondances et fragments du journal, Cahiers Romain Rolland n°27, Albin Michel, 1989, p.230.
37 M.K. Gandhi, La Jeune Inde, Introduction de Romain Rolland, Stock, 1925, p.VIII. 
38 B.Duchatelet, Romain Rolland  tel qu’en lui-même,Albin Michel, 2002, p.264-265.
39 J.B Barrère, Romain Rolland, l’âme et l’art, Albin Michel, 1966,p. 69-71.
40 Lettre du 18 novembre 1925, p.227-230 -  Un beau visage à tous sens m, Choix de lettres de Romain Rolland (1886-1944), Préface de A. Chamson, Cahiers Romain Rolland 17, Albin Michel, 1967.
41 Romain Rolland, sa vie, son œuvre, Archives de France, 1966, p.55.  42 Dans Quinze ans de combat, Rieder, 1935, p. 69-71. Dorénavant noté QAC.
43 Lettre du 13 avril 1925, reprise dans Par la Révolution, la paix, Editions Sociales Internationales, p. 133.
44 Appels de l’Orient, publié par Les Cahiers du Mois, Editions Emile-Paul, 1925, recueil d’articles et de réponses à une enquête sur les relations entre Orient et Occident.
45 Revue dont le n°3 présente un manifeste sur la suppression de l’esclavage de P.Eluard- R.-L.Omgba, « L’anti-colonialisme dans la littérature française de l’entre-deux-guerres » in Littérature et Colonies, Les Cahiers de la Sielec n°1,Editions Kailash, 2003.
46 « …dum possis surgere » : « C’est lâcheté de rester vautré, tant que tu peux te lever et marcher ». Les trois premiers mots de cette locution est le titre d’un article d’avril 1926 recueilli dans Par la Révolution la paix, op.cit., p.136.
47 R. Girardet, L’idée coloniale en France, 1978, 1ère édition 1972- Voir aussi p. 437.
48 Voyage à Moscou (juin-juillet 1935), Introduction et notes de Bernard, Albin Michel,1992, Cahiers Romain Rolland n°29, p.42.
49 Lettre du 9 août 1928, p. 20 - L'Indépendance de l'Esprit. Correspondance entre Jean Guéhenno et R.Rolland (1919-1944), Cahiers Romain Rolland n°23 , Albin Michel, 1975 - Noté C23.
50 Certains chapitres de ce livre ont paru en français sous le titre L’Inde avec les Anglais, traduit par Théo Varlet, Gallimard, 1929.
51 C23,22.
52 Selon Rajmohan Gandhi, petit-fils du leader indien, cité par J.Attali, Gândhi ou l’éveil des humiliés, Fayard, 2007, p.291.
53 Romain Rolland, Bibliothèque municipale de Nevers, 2006, Tome II, p. 91.
                              
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